Fleur Pellerin - L’enjeu, c’est d’encourager des offres innovantes dans le respect de deux principes fondamentaux qui sont au cœur de la vitalité du secteur du livre : la promotion de la diversité et la juste rémunération de la création. L’efficacité de la régulation du prix du livre issue de la loi Lang de 1981, étendue en 2011 au livre numérique, est reconnue de tous. C’est aux équilibres qu’elle a permis de fixer qu’on doit le dynamisme de la filière du livre en France. Cette régulation doit être confirmée, et l’innovation dans ce cadre encouragée.
La médiatrice conclut que de nombreux types d’abonnements possibles sont compatibles avec le cadre en vigueur, mais que certains ne le sont pas, notamment les abonnements illimités dont le prix n’est pas fixé par l’éditeur, tels qu’en proposent certains acteurs du marché. Une seconde phase du travail de la médiatrice commence donc : un accompagnement des entreprises concernées pour se mettre en conformité avec la loi. De nombreuses possibilités existent, et je fais confiance à la capacité d’innovation de ces entreprises. Certains y réfléchissent déjà.
Les Français lisent en moyenne un peu plus de 10 livres par an. L’offre illimitée n’est pas la condition ni le moyen privilégié du développement du livre numérique. Les obstacles sont ailleurs : l’interopérabilité ou le prix des livres numériques sont les enjeux prioritaires. La richesse des offres également : le livre numérique constitue un formidable potentiel d’innovation et de valorisation des œuvres, dans le respect du cadre juridique existant.
Pourquoi avoir saisi aussi vite la médiatrice au risque de donner beaucoup d’importance à ce sujet, et notamment à Amazon, dernier venu en France sur ce marché ?
Les discussions suscitées par l’entrée sur ce marché d’un acteur de cette envergure ont montré un besoin de clarification du cadre applicable. C’est d’abord l’intérêt des entreprises qui sont présentes sur ce créneau ou souhaiteraient se lancer, qui ont besoin de prévisibilité et peuvent ajuster en cas de besoin leur modèle. En laissant se poursuivre un débat sur la licéité ou non de ces modèles, le risque était de voir se détourner les investisseurs de ces start-up et de ne laisser sur le marché que le géant qui venait d’y entrer.
Les libraires auraient-ils une place dans ces nouveaux circuits de vente ?
Bien sûr, pourquoi pas ? L’esprit de notre régulation est de faire en sorte que le lecteur ait accès à des propositions très riches, à travers des offres unitaires ou groupées, pérennes ou limitées dans le temps. Ce serait une erreur d’imaginer que le monde du livre papier et le monde du livre numérique puissent évoluer indépendamment. Les deux univers peuvent se répondre, se compléter, s’enrichir au profit du lecteur, sans que l’un disparaisse au profit de l’autre : nous avons la chance, en France, de conserver un attachement particulier au livre imprimé, objet symbolique entre tous.
