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BEYROUTH
« Je vois cette ville comme une femme meurtrie, très digne, éprise de liberté, une ville qui mérite la paix, et de revivre… ». Ainsi Alexandre Najjar caractérise-t-il sa ville natale. Malgré les guerres, les crises, il y vit et il y travaille toujours, il lui a même consacré deux livres, dont Le roman de Beyrouth (Plon, 2005). Et quand on lui demande pourquoi ne pas s’être exilé en France, quand on lui parle de courage, il cite en souriant la dernière phrase de son dernier livre : « Si on abandonne tous le navire, à qui le laissera-t-on ? »
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PARIS
Alexandre Najjar est arrivé ici, son bac en poche, en 1984, afin de faire ses études de droit, à Assas ! « Encore une ville que je vois au féminin, dit-il. Elle m’a beaucoup apporté. Pour nous, Libanais, pour qui l’amour de la France est une évidence, Paris était un mythe, une sorte d’Eldorado ». Une vision un peu idyllique, confrontée à la réalité : « Un certain manque d’hospitalité, de chaleur humaine. Chez nous, on s’embrasse, on se serre dans les bras, on accueille l’étranger, d’où qu’il soit ». Mais il y a quand même vécu quatre années inoubliables.
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AVOCAT
Son grand-père Alexandre, dont il a hérité le prénom, était avocat à Tyr (Sour), la grande cité du sud du pays, d’où sont jadis partis les Phéniciens pour aller fonder Carthage. Son père, Roger, était avocat à Beyrouth, « spécialiste en droit maritime, que l’on surnommait "l’Amiral" ! » Le chemin d’Alexandre le jeune était donc tout tracé, même s’il aurait pu être professeur. Non, ce serait avocat, parce qu’il se dit « passionné par la défense de la liberté, la dénonciation des injustices ». Un avocat, selon lui, est « un homme d’action », comme l’écrivain qui lutte avec ses mots. Une vision exigeante et romantique, héritée de son autre maître, Victor Hugo. Najjar est membre du Conseil de l’ordre des avocats de Beyrouth, lequel essaie de « maintenir à flot le vaisseau d’une justice qui, comme le pays, a beaucoup souffert des guerres, des milices, des crises à répétition ».
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JOURNALISTE
Alexandre Najjar dirige L’Orient Littéraire, le supplément mensuel (paraît chaque premier jeudi) de L’Orient-Le Jour, le grand et dernier quotidien francophone, sur papier, du Liban. À l’origine hebdomadaire, il avait été créé par le poète Georges Schéhadé, qui n’en sortit qu’un numéro, « surréaliste ». Il ressuscita de 1960 à 1962, sous la houlette du poème-diplomate Salah Stétié, et dans une version culturelle, au sens large. « Beyrouth était alors en pleine effervescence intellectuelle », explique Najjar. Mais Stétié partit pour l’étranger, et le journal hiberna jusqu’en 2006. Il est désormais rédigé par des journalistes libanais et français, traite de la littérature française et des livres parus en arabe, avec une attention particulière portée à la poésie. Le mensuel, sur papier journal grand format, comme Le Figaro d’avant, soigneusement imprimé, est diffusé par L’Orient-Le Jour, notamment à tous ses abonnés. Ses ventes, papier et Internet confondus, tournent autour de 20 000 exemplaires. « Ce journal est un acte de volonté de survie culturelle, dit le directeur. On est un "plus" pour L’Orient-Le Jour. Et, en France, on a toujours été très bien accueillis. On nous compare parfois aux suppléments littéraires des grands quotidiens ».
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ROCK’N ROLL
Qui eût cru que, derrière le premier de la classe toujours impeccablement cravaté, courtois, policé, se dissimulait un ancien rockeur, fan de chanson française à texte (Brel, Brassens, Barbara…), puis de Renaud, ou de Jean-Patrick Capdevielle, une de ses idoles. « Un type cultivé, intéressant, que j’ai rencontré, raconte-t-il. Je lui ai même écrit les paroles d’une chanson, Dans une ville étrangère ». Côté anglo-saxon, quand il était en France, il s’est éclaté aux concerts de Supertramp, de Dire Straits et de bien d’autres. Il a aussi fait les 400 coups avec ses potes du Foyer Franco-Libanais. « La musique, conclut-il, symbolise le Liban avec ses trois cultures, arabe, française, anglaise, un pays ouvert sur la Méditerranée et le reste du monde ».
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Dans Un Libanais à Paris, Alexandre Najjar raconte, avec beaucoup de simplicité et d’humour, au fil de 36 chapitres rapides et nerveux, les quatre années qu’il a passées à Paris, pour mener ses études de droit, de 1984 à 1988. Ce faisant, il nous replonge dans une époque qui peut paraître bénie : celle des « swinging eighties » avant que le sida ne frappe, celle des années Mitterrand et du « changer la vie » avant que la brutale réalité ne nous rattrape. Celle aussi où on pouvait voir sur scène tout le gratin de la chanson, française et internationale. Najjar, en dépit de quelques mésaventures (avec la police, notamment, ou la cuisine du resto-U), s’est bien éclaté à Paris. Il a commencé à écrire des articles, des nouvelles et des poèmes (imprimés), reçu quelques petites distinctions littéraires… Il est même tombé amoureux d’une Salomé, comme celle de Capdevielle : « Elle est v’nue vers moi pour m’apprendre mon rôle / Quand ma solitude était vraiment pas drôle… » Ça ne s’invente pas.
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Alexandre Najjar, Un Libanais à Paris, collection « Encre d’Orient », Erick Bonnier, 200 p., 20 E., en librairie le 24 septembre.
Biographie Alexandre Najjar
