Corps et âmes. C'est la première fois que Kem, 26 ans, fête son anniversaire sans sa sœur jumelle Kaya, décédée deux mois plus tôt d'une rupture d'anévrisme. Après le choc de la disparition, après le séjour à Brazzaville pour enterrer le corps et disperser les cendres, après le « tourbillon de l'Absurde » que génère la perte d'un être proche - qui plus est si jeune ! -, Kem a des doutes sur la réelle cause de la mort de sa sœur. Dès son retour en France, elle décide d'en savoir plus sur le quotidien de sa jumelle et sur le « Milieu » qu'elle fréquentait avant de mourir. C'est alors qu'elle reçoit un appel d'Assia, le grand amour de Kaya, qui « [était] partie comme une lâche en coupant contact sans crier gare » après l'annonce de sa mort. Assia apprend à Kem que sa sœur et elle s'étaient un peu éloignées ces derniers temps et que Kaya, au cours de ses dernières semaines de vie, passait beaucoup de temps avec un certain Elewa, un militant antifa et féministe, impossible à joindre depuis. Kem retrouve le carnet de dessin de sa sœur, une sorte de journal intime. Elewa, que Kaya fréquentait à La Poudrière - un squat à Lyon -, apparaît à toutes les pages, tout comme la tristesse et le désespoir qui envahissaient la jeune femme : « Je suis chez lui depuis hier, je m'en veux. » « Ce matin, mon lit est vide et moi aussi. E. a réussi à m'envahir de ses noirceurs. » « Je suis choquée. J'ai honte. » « Mes émotions sont une mer gelée. » « C'est un monstre. Non, c'est un homme. » À la lecture de ces mots, Kem, Assia et Illam sont déterminées à « réparer ce qui doit l'être », et se donnent pour objectif de « trouver la Vérité » et de faire justice à Kaya. Dans cette quête, elles trouvent aussi une manière de lutter autrement et lancent « Le Mouvement », un collectif politique et artistique inclusif. À travers leurs « artions » (happenings), déployées aux quatre coins de la ville, elles sensibilisent le public aux luttes féministes et antiracistes.
Dans son premier roman, la journaliste, poète et essayiste Douce Dibondo traduit la souffrance d'un être cher perdu - « nous étions deux corps pour une seule âme » - et décrit avec force « le syndrome de la survivante », ce que cela fait de se sentir amputé d'une partie de soi-même, de vivre un deuil très jeune, d'avoir constamment l'impression d'être habité par une personne qui n'est plus. Elle rend également compte de certaines réalités tues dans les milieux militants : des hommes cis-hétéros « féministes » qui continuent de dominer et de soumettre les autres en ne remettant jamais en question leur comportement toxique, ou encore un racisme bien présent mais jamais interrogé car ces milieux sont antiracistes - « être noir.e, c'est être à la fois la minorité invisible et survisible tout le temps, même dans ces espaces qui prônent la bienveillance, la déconstruction... » Mais Douce Dibondo, en présentant le protocole de vengeance de la sœur et des amies de Kaya, montre aussi la puissance des liens amicaux et la force du collectif. Car il est des mouvements qui n'appartiennent pas aux individus, que chacun et chacune est libre de poursuivre, de développer et de rendre éternels.
Le mouvement
Rivages
Tirage: 5 000 ex.
Prix: 19 € ; 256 p.
ISBN: 9782743671686
