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Dossier Rentrée universitaire : l’imagination au pouvoir

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Dossier Rentrée universitaire : l’imagination au pouvoir

Sur un marché universitaire morose malgré le dynamisme de la médecine et du droit, les éditeurs redoublent d’imagination pour s’adapter. A la recherche de relais de croissance, ils font évoluer leur catalogue ou investissent de nouveaux secteurs comme les Staps.

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Par Charles Knappek,
Créé le 30.09.2016 à 00h00,
Mis à jour le 03.10.2016 à 07h36

A toute vapeur. Le marché universitaire a ses locomotives habituelles, la médecine et le droit, qui tirent particulièrement l’activité cette année. La médecine d’abord, grâce à la réforme de l’examen classant national (ECN) dont les épreuves se déroulent désormais sur tablette, ce qui a conduit les éditeurs à revoir en profondeur leur catalogue (1). Le droit ensuite, porté par la réforme du droit des obligations, la plus importante du Code civil depuis 1804, qui nécessite un lourd travail de mise à jour des manuels et des codes juridiques (2).

"Le fonds s’érode régulièrement, mais si on ne l’entretient pas les ventes dégringolent très vite." Cécile Labro, Hachette Supérieur - Photo OLIVIER DION

Il fallait bien cela pour redonner un peu le sourire aux éditeurs et aux libraires alors que dans son ensemble le marché universitaire reste stagnant, victime de la baisse structurelle de la prescription et de l’érosion des ventes de manuels au profit des petits ouvrages de révision et d’entraînement. Pour les éditeurs, l’exercice 2015-2016 ne restera donc pas dans les annales malgré l’embellie notable autour de la médecine et du droit. L’année écoulée a été "en demi-teinte" pour les Puf, "difficile" pour Ellipses, "plate" chez Pearson et Dunod, "pas exceptionnelle" pour Bréal… Chacun a sa formule pour dépeindre une situation vécue globalement de la même façon par tous, y compris en librairie.

"En économie, il n’est pas toujours simple de faire bouger les lignes […] Si l’on voulait installer un nouveau manuel de référence, ce serait très compliqué car les enseignants prescrivent tous les mêmes auteurs dans cet univers." François Cohen, Vui - Photo OLIVIER DION

Trouver la formule adéquate

Au Furet du nord, la chef de produit livre chargé du rayon universitaire Pauline Pezé confirme cette tendance de fond, largement due à l’effondrement de la prescription. "Il y a cinq ans, les étudiants venaient encore avec des listes, ce n’est plus le cas aujourd’hui", déplore-t-elle avant d’ajouter que le relais a été pour partie assuré par les ouvrages para-universitaires : "Dans un souci d’efficacité, de gain de temps et d’économie, ces titres se vendent mieux que les gros manuels, plus chers, dans les filières entreprise et sciences humaines."

Dans ce contexte, les éditeurs s’efforcent de trouver la formule adéquate, quelque part entre allégement des formats, prix accessible, promotion ciblée et prescription à dose homéopathique. L’imagination est le maître mot. "On doit en permanence faire preuve d’innovation, de pédagogie. Il faut segmenter pour s’adapter à chaque micromarché car les "bibles" qui conviennent à tout le monde ont disparu", souligne Florence Martin, directrice du marketing et de la communication chez Dunod. C’est notamment dans cette logique qu’Armand Colin, absorbé par Dunod en 2014, lance la bien nommée collection "Portail" pour inciter les étudiants à entrer dans son catalogue. Il y a aussi l’option d’investir un nouveau marché. Dunod comme Ellipses développent ainsi une offre en Staps, un secteur encore peu exploité par les éditeurs.

De son côté, c’est avec une nouvelle collection, "Les essentiels du sup’", que Vuibert aborde la rentrée. Elle s’est ouverte fin août avec six titres en anglais des affaires, comptabilité ou encore contrôle de gestion. "Nous couvrons des thématiques ciblées avec une approche résolument tournée vers la révision et l’entraînement, explique François Cohen, directeur de Vuibert. L’étudiant peut réviser sur des fiches et s’entraîner sur des QCM avec des exercices et des corrigés détaillés." "Les essentiels du sup’" prend la suite de la collection "Les indispensables", qui va disparaître, et dont elle récupère une partie des contenus en proposant une approche nouvelle. "Il s’agit vraiment d’une création, insiste François Cohen. La collection va très vite s’enrichir de nouveautés. Nous allons publier 5 à 6 titres par an et à terme nous aurons au moins une vingtaine de références."

Stabilisé, Armand Colin repart à l’offensive

Deux ans et demi après son absorption par Dunod, Armand Colin attaque la licence sous un nouvel angle avec "Portail", une collection pluridisciplinaire d’entrée dans l’enseignement supérieur qui a démarré en juin avec trois titres. L’accent est fortement mis sur la méthodologie : "Nous nous sommes aperçus que les primo-étudiants ne maîtrisent pas toujours les codes de l’université, ne savent pas bien formaliser les choses, précise Florence Martin, directrice du marketing et de la communication chez Dunod. Avec "Portail", nous proposons à la nouvelle génération d’apprenants des livres d’introduction à des mondes." Si les premiers titres couvrent l’univers des lettres et des langues, d’autres champs seront vite explorés. L’année prochaine, c’est en géographie que la collection sera complétée. "Portail" permet à Armand Colin d’assurer le lien avec ses collections d’entrée ("128") et de milieu ("Cursus") de gamme, toutes deux relookées en 2015 et davantage centrées sur le cours, même si "Cursus" s’autorise maintenant quelques incursions en méthodologie. C’est notamment le cas avec Manuel de cartographie, paru en juin dernier. A l’étage supérieur, "U" demeure la collection emblématique, surtout destinée aux étudiants de master.

En complément à cette réorganisation de son catalogue, Armand Colin relance également la collection "Petit atlas historique" dont les titres originaux sont entièrement refondus et complétés par une série de nouveautés. Développée dans une logique para-universitaire, la série, tout en bichromie, "explique l’histoire en partant des cartes, détaille Florence Martin. C’est une approche qui plaît beaucoup en histoire et qui dépasse d’ailleurs le seul cadre des étudiants."

Baisser le prix pour maintenir les ventes ?

L’érosion des ventes de livres universitaires conduit certains éditeurs à baisser les prix de leurs ouvrages. A l’appui de ces décisions, le "seuil psychologique" à ne pas franchir, en particulier pour les livres d’entrée de gamme. La collection "Les fondamentaux" chez Hachette Supérieur, a ainsi vu son prix passer de 11,90 à 9,95 euros à la rentrée 2015. Une opération qui permet de s’aligner sur la règle non écrite qui veut qu’un petit format se vende à moins de 10 euros et qui vient en renfort de la refonte graphique amorcée "sur les titres qui tournent le mieux", selon Cécile Labro, directrice des départements parascolaire, enseignement supérieur et pédagogie chez Hachette Supérieur. De la même façon, chez Armand Colin, absorbé par Dunod en mars 2014, la collection "Cursus" voit se généraliser la baisse du prix de ses titres. "Nous avons commencé à les diminuer l’an dernier avec les quelques nouveautés qui paraissaient, mais nous attendons cette rentrée pour voir si cela produit des effets sur les ventes", indique Florence Martin, directrice du marketing et de la communication chez Dunod.

De telles opérations sont-elles payantes ? Si elles ne favorisent qu’à la marge l’acte d’achat, elles permettent en revanche de supprimer l’effet rédhibitoire d’un tarif trop élevé. "Jouer sur les prix ne révolutionne pas le marché, mais cela permet de se positionner par rapport à la concurrence", résume le directeur des éditions Studyrama, Frédéric Vignaux. Quand Studyrama a racheté Bréal en 2014, les 6 titres de la collection de poche "Thèmes & débats" ont été proposés à 9 euros. Pour un effet modeste, mais positif.

Plus rarement, l’effort financier peut concerner des collections de milieu de gamme. L’an dernier, Dunod a ainsi profité de ce qu’il refondait sa collection de tout-en-un en expertise comptable pour fixer un prix à 19,90 euros contre 23 euros pour les anciennes moutures. "Le fait d’avoir baissé le prix a eu un bon effet sur les ventes, mais nous savons que cela prend du temps avant de mesurer l’impact réel, confie Eric d’Engenières, directeur éditorial classes préparatoires et concours chez Dunod. Nous serons mieux fixés à la prochaine rentrée."

Les Puf aussi publient des livres qui n’hésitent plus à aborder les matières en les segmentant. Deux livres parus cet été illustrent cette tendance : Les 1 001 notions de l’économie présente les grandes notions économiques "de manière claire et accessible", selon Fanny Bouteiller, responsable d’édition des ouvrages universitaires, tandis que 100 penseurs de la société résume en fiches de deux pages l’œuvre et la pensée de grandes figures du passé.

Garder un volume constant de nouveautés

Pour limiter la casse sur les manuels plus traditionnels, l’entretien du fonds s’avère primordial, comme le souligne Cécile Labro, directrice des départements parascolaire, enseignement supérieur et pédagogie chez Hachette Supérieur. L’éditrice s’efforce de maintenir un volume constant de nouveautés et de nouvelles éditions. "Le fonds s’érode régulièrement, mais si on ne l’entretient pas les ventes dégringolent très vite", affirme-t-elle. Hachette Supérieur tire notamment son épingle du jeu en histoire avec les collections "Carré" et "HU". En "Carré", les deux titres de Joël Cornette, Absolutisme et Lumières et Affirmation de l’Etat absolu bénéficient de la notoriété de leur auteur et de leurs mises à jour régulières. L’entretien du fonds est d’autant plus important qu’il représente l’essentiel des ventes en librairie. "C’est bien plus de la moitié de nos commandes de rentrée", rappelle ainsi Laurence Lauters, directrice des achats chez Decitre, établi à Lyon.

Cela reste pourtant compliqué sur le front des sciences dures. A quelques exceptions près, les manuels traitant de ces matières souffrent en librairie. "Nous avions constaté un léger sursaut en sciences avec la réforme des prépas, indique Frédérique Lachaise, responsable de ce rayon chez Decitre. Maintenant c’est plus compliqué, même sur les prépas scientifiques." Très présent avec la collection "Références sciences", Ellipses confirme un certain essoufflement des ventes, même s’il maintient un important volume de parutions : "C’est compliqué, nous sommes sur de la rentabilité de long terme", reconnaît la directrice éditoriale Manon Savoye. Selon elle, "il est fondamental que les enseignants accompagnent les éditeurs et incitent les étudiants à aller en librairie pour travailler à partir de livres". Il n’y a guère que Bréal qui affirme enregistrer ses meilleures ventes avec les ouvrages de référence scientifiques de la collection "Grand amphi". En revanche, les titres dédiés à la révision se vendent moins. "C’est lié à l’image de Bréal, très forte dans le domaine de la référence", estime Frédéric Vignaux. Pour rétablir l’équilibre, l’éditeur annonce la refonte de la collection "100 fiches" pour début 2017 : "Il y aura une nouvelle maquette intérieure, plus aérée, et nous passons à la bichromie." Bréal relance aussi la collection de fiches "Lexifac", centrée sur le droit, avec des contenus actualisés et quelques nouveautés.

Le recentrage sur les formats courts est général. Fait significatif chez Hachette Supérieur, hormis un Bled en partenariat avec le projet Voltaire, la collection d’entrée de gamme "Les fondamentaux" est la seule à avoir proposé des nouveautés en 2016. Nathan, de son côté, continue de renouveler les petits livres de culture générale "Repères pratiques" et renforce la collection avec plusieurs nouveautés. En philosophie, Ellipses a lancé en début d’année les collections "Connaître en citations" et "Aimer les philosophes" avec à chaque fois une dizaine de titres pour commencer. L’éditeur a aussi un important programme de parutions en poche.

Innover dans un marché inerte

A La Documentation française, les "Doc’ en poche" poursuivent leur essor et devraient voir leur rythme de parution augmenter légèrement. "D’une douzaine de titres par an, nous voulons passer à 15", confie Philippe Tronquoy, directeur par intérim de l’édition. La montée en puissance de cette collection lancée en 2012 est d’autant plus forte que l’éditeur arrête dans le même temps de produire plusieurs revues et collections. Le dernier numéro du bimensuel Problèmes économiques est sorti à la fin de ce mois de septembre. De la même façon, les collections "Mondes émergents" et "Etudes" sont arrêtées. Il y a aussi des sujets qui ont le vent en poupe, la robotique par exemple. Ellipses a publié en août Les robots : apprendre la robotique par l’exemple. Dans le même temps, La Documentation française s’interroge en "Doc’en poche" : Le robot est-il l’avenir de l’homme ?.

Parfois la volonté d’innovation se heurte tout simplement à une certaine inertie du marché. Les nouveautés ont besoin de temps pour s’installer, et elles en manquent souvent. "En économie, il n’est pas toujours simple de faire bouger les lignes, illustre François Cohen. Les manuels de référence qui assurent les meilleures ventes datent pour beaucoup des années 1970-1980. Parmi ces titres incontournables, nous avons la chance d’avoir Ressources humaines de Jean-Marie Peretti, qui en est à sa 15e édition.Mais si l’on voulait installer un nouveau manuel de référence, ce serait très compliqué car les enseignants prescrivent tous les mêmes auteurs dans cet univers."

Florence Martin dresse le même constat alors que la rentrée 2016 marque chez Dunod la fin de l’installation des "Openbook", dont les trois derniers titres ont paru au printemps. Cette collection imaginée pour le niveau Bachelor (formation bac + 3) a été lancée en 2014. Elle connaît un démarrage "lent" mais continue de susciter de grands espoirs chez Dunod : "Les habitudes mettent du temps à évoluer car les profs ne sont pas encore familiarisés avec la pédagogie inversée, analyse Florence Martin. Au contraire, le marché des post-bacs n’a plus forcément l’habitude du livre. Cela prend du temps pour faire se rencontrer ces deux mondes." De la même façon, avec une vingtaine de titres, la collection "LM" de Pearson, à vocation para-universitaire, malgré une pagination et un prix assez élevés, avec un nombre de titres qui reste modeste, n’a pas atteint la "taille critique" qui lui permettrait de s’imposer en librairie, estime Florence Young, directrice du marketing.

(1) Voir LH 1090, 17.6.2016, p. 44-50.

(2) Voir LH 1095, du 2.9.2016, p. 65-71.

Le livre universitaire en chiffres

Les ventes par secteurs

Source : GFK/Livres hebdo - En nombre d’exemplaires vendus entre août 2015 et juillet 2016

Sur un an, selon GFK, près de 2,9 millions d’ouvrages universitaires (- 3,2 %) se sont vendus en France, pour un chiffre d’affaires de 64 millions d’euros (- 5,9 %). Leur prix moyen s’établit à 22,40 euros (- 2,8 %).

Les principaux éditeurs

Source : GFK/Livres hebdo - En valeur entre août 2015 et juillet 2016

Hachette Livre, avec notamment Dunod, et RELX Group, avec Elsevier, occupent les meilleures positions sur le marché du livre universitaire en France, qui reste néanmoins très ouvert.

A la conquête des étudiants

Olivier Dion - "Nous sommes dans une communication à 360 degrés, multicible et multimédia", Martine Pierrard, Dunod.

Il faut aller chercher l’étudiant là où il se trouve, c’est-à-dire souvent le nez dans son smartphone. Pour les résultats du bac 2016 dans les filières scientifique et littéraire, Dunod a donc parrainé l’appli Planète Campus, agréée par le ministère de l’Education. "Quand les bacheliers se sont connectés, ils ont vu notre message publicitaire "Préparez votre rentrée en douceur" qui devait les inciter à se tourner vers les livres Dunod et Armand Colin", explique Martine Pierrard, responsable communication. L’opération s’est avérée payante puisque 28 000 bacheliers L et 21 000 S ont déposé leurs coordonnées et vont être sensibilisés par des campagnes d’emailing. En parallèle, Dunod assure le lien vers sa page Facebook Défi Campus où un jeu concours est organisé pour inciter les étudiants à se rendre en librairie… où des affiches ont été disposées pour assurer une bonne visibilité à la marque. "Nous sommes dans une communication à 360 degrés, multicible et multimédia", résume Martine Pierrard.

L’enjeu est le même mais la stratégie adoptée est tout autre pour le Furet du nord. A chaque rentrée universitaire, la librairie lilloise se déplace tout simplement dans les deux grandes facultés de droit de la ville, Lille-2 et l’Université catholique. "Nous avons bien conscience que tous les étudiants ne viennent pas spontanément nous voir, alors c’est nous qui prenons les devants par des actions à la fois publiques et commerciales en direction des étudiants en droit qui constituent avec ceux de médecine le marché le plus important dans la région", confie Jean-François Callens, responsable événementiel du Furet. L’enseigne a aussi noué un partenariat avec Les rendez-vous d’Archimède, une série de colloques organisés par Lille-1, et aménage à la mi-septembre l’entrée de sa surface commerciale avec les titres phares de la rentrée universitaire. En parallèle, la librairie communique sur son compte Twitter avec le hashtag #RentréeU pour informer ses abonnés de l’arrivée de tel manuel très attendu. Le guide pratique des médicaments, alias le "Dorosz" (Maloine), et un titre d’économie en langue anglaise importé des Etats-Unis (Pearson) ont bénéficié de ce service.

De Boeck Supérieur se francise à la marge

Depuis son rachat par le groupe Albin Michel au printemps 2015, De Boeck Supérieur, qui arbore en cette rentrée une nouvelle identité visuelle, veut développer des titres "qui répondent davantage aux besoins du marché français", selon son directeur éditorial Frédéric Jongen. "Les étudiants en premier cycle universitaire sont notre cœur de cible. Nous devons adapter nos contenus pour la cible franco-française." La collection "Ouvertures économiques", qui comprend nombre de gros manuels anglo-saxons, s’enrichit ainsi de quelques nouveautés rédigées par des auteurs francophones : Economie circulaire, paru fin août, sera suivi début 2017 par Economie sociale et solidaire.

Cependant, De Boeck Supérieur, qui est désormais un département du pôle éducation d’Albin Michel, laisse la prééminence aux gros ouvrages de référence anglo-saxons qui ont assis sa réputation. Si une partie du catalogue a échu à Vuibert sous la marque Estem-Vuibert (le concours de l’internat de médecine et les études d’infirmier notamment), l’éditeur a conservé son fort tropisme en médecine, sciences dures, puis en économie-gestion et SHS. L’objectif est de maintenir le cap éditorial historique, en particulier les grandes traductions anglo-américaines qui devraient continuer à peser "de 70 à 90 %" du total de la production. A la rentrée 2017, la marque lancera également une nouvelle offre d’ouvrages conçus comme des outils de révision pour les étudiants de licence 1. "Cette collection sera constituée d’ouvrages thématiques offrant une possibilité de révision rapide et efficace sous forme de fiches", explique Dominique De Raedt, responsable éditoriale en économie-gestion. La nouvelle collection sera pluridisciplinaire (économie, sciences, psychologie…), mais les premiers titres annoncés traiteront de thématiques économiques comme la microéconomie, la macroéconomie ou encore les politiques économiques.

De Boeck Supérieur sort d’une année et demie de transition, notamment sur le plan commercial avec un changement de diffusion (désormais chez Dilisco) qui a eu "un effet bénéfique sur les mises en place des ouvrages phares du catalogue", selon Frédéric Jongen. Mais c’est seulement en 2017 que la marque devrait "retrouver son rythme de croisière".

Stabilisé, Armand Colin repart à l’offensive

Deux ans et demi après son absorption par Dunod, Armand Colin attaque la licence sous un nouvel angle avec "Portail", une collection pluridisciplinaire d’entrée dans l’enseignement supérieur qui a démarré en juin avec trois titres. L’accent est fortement mis sur la méthodologie : "Nous nous sommes aperçus que les primo-étudiants ne maîtrisent pas toujours les codes de l’université, ne savent pas bien formaliser les choses, précise Florence Martin, directrice du marketing et de la communication chez Dunod. Avec "Portail", nous proposons à la nouvelle génération d’apprenants des livres d’introduction à des mondes." Si les premiers titres couvrent l’univers des lettres et des langues, d’autres champs seront vite explorés. L’année prochaine, c’est en géographie que la collection sera complétée. "Portail" permet à Armand Colin d’assurer le lien avec ses collections d’entrée ("128") et de milieu ("Cursus") de gamme, toutes deux relookées en 2015 et davantage centrées sur le cours, même si "Cursus" s’autorise maintenant quelques incursions en méthodologie. C’est notamment le cas avec Manuel de cartographie, paru en juin dernier. A l’étage supérieur, "U" demeure la collection emblématique, surtout destinée aux étudiants de master.

En complément à cette réorganisation de son catalogue, Armand Colin relance également la collection "Petit atlas historique" dont les titres originaux sont entièrement refondus et complétés par une série de nouveautés. Développée dans une logique para-universitaire, la série, tout en bichromie, "explique l’histoire en partant des cartes, détaille Florence Martin. C’est une approche qui plaît beaucoup en histoire et qui dépasse d’ailleurs le seul cadre des étudiants."

Expertise comptable : un fauteuil pour cinq

Dunod, Nathan, Foucher, Gualino et désormais Vuibert se disputent un marché de l’expertise comptable proche de la saturation. Pour défendre leurs positions, les éditeurs modernisent leurs collections.

"Il s’agit d’une refonte totale […] avec un cours complet et synthétique, et beaucoup d’applications."Xavier Le Meut, NAthan - Photo OLIVIER DION

Sur le marché très encombré de l’expertise comptable, ça bouge. Après que Dunod a, l’an dernier, refondu, renommé et baissé le prix de la collection "Tout-en-un" (anciennement "Tout l’entraînement"), c’est au tour de Nathan de moderniser sa collection phare "Manuels, applications & corrigés", coéditée avec le groupe Revue fiduciaire. "Il s’agit d’une refonte totale avec des contenus adaptés aux attentes des étudiants, un cours complet et synthétique, et beaucoup d’applications, annonce Xavier Le Meut, directeur du département technique supérieur formation adulte chez Nathan. La maquette a été complètement revue, nous sommes passés à la couleur, ce qui permet de faciliter le balisage." La refonte de Nathan s’opère en deux temps : six premiers titres modernisés sont disponibles dès cette rentrée ; les six autres suivront l’année prochaine.

De la même façon chez Gualino (groupe Lextenso éditions), la rentrée se traduit par la refonte des "Carrés" en DCG, DSCG et DEC. "Il ne s’agit plus de petits "Carrés" de synthèse ou de révision, mais de grands "Carrés" pour acquérir les connaissances figurant au programme", détaille Philippe Gualino, directeur marketing éditorial. Pour cette rentrée, les épreuves du DCG sont intégralement couvertes, celles du DSCG et du DEC le seront en 2017. A noter que pour les épreuves principales, Gualino complète la collection avec des livres d’exercices d’application.

Entre apprentissage et révision

Chez Foucher aussi, l’année a été "très studieuse", selon Marilyse Vérité, responsable éditoriale enseignement supérieur et développement numérique. L’éditeur a en effet inauguré en février dernier une collection de 16 titres, alliant au recto des fiches de cours et au verso des exercices d’entraînement corrigés, intitulée "Tout le DCG". Elle prend en réalité la suite de la série "Le meilleur du" qui disparaît pour le DCG mais continue à être exploitée pour le DSCG. D’ici à 2017, le passage de relais devrait se poursuivre avec la publication de titres "Tout le DSCG" selon la même déclinaison. "Nous sommes dans un concept renouvelé, plus en adéquation avec les besoins actuels des étudiants, à mi-chemin entre l’ouvrage d’apprentissage et l’ouvrage de révision", précise Marilyse Vérité. Dans le même temps, Foucher a refondu certains titres de la collection de tout-en-un "LMD expertise comptable" dont les couvertures ont été modernisées. Le cahier des charges a aussi été revu, notamment en intégrant des corrigés dans les ouvrages, qui étaient jusqu’à présent proposés gratuitement en ligne. "Nous nous sommes aperçus que les étudiants ont toujours besoin d’avoir quelques corrigés dans leur livre, et pas seulement en téléchargement, explique Marilyse Vérité. Cela leur permet d’être autonomes avec le seul ouvrage."

Arrivé l’an dernier sur le marché avec six titres couvrant le DCG, Vuibert complète quant à lui sa collection avec six nouveautés pour cette rentrée. "Nous sommes maintenant au complet sur le DCG, ce qui nous permet d’être plus performants dans la promotion", se félicite François Cohen, directeur de Vuibert. Trois des volumes parus en 2015 ont aussi fait l’objet d’une nouvelle édition, avec une couverture modernisée. S’il est encore tôt pour établir un premier bilan de cette incursion dans un marché où les acteurs historiques défendent fermement leurs positions, l’éditeur s’annonce confiant. "Nous sommes contents par rapport à nos objectifs. Le marché est conservateur, les professeurs ont leurs habitudes, confie François Cohen. Nous continuons à beaucoup investir en création sur cet univers, nous envoyons aussi beaucoup de spécimens sur les nouveautés." L’éditeur ne dit pas s’il développera d’autres collections ou s’il s’attaquera au DSCG. Mais ce serait la suite logique.

Les éditeurs courent après les Staps

Ellipses et Dunod lancent chacun une collection destinée aux étudiants en sciences du sport, une filière qui attire un nombre croissant d’étudiants.

"On est sur un créneau encore peu occupé, mais qui représente beaucoup de monde, même si les étudiants de cette filière ne sont pas de gros lecteurs."Manon Savoye, Ellipses - Photo OLIVIER DION

Les étudiants en sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps) sont de plus en plus nombreux - environ 40 000 - et cela n’échappe pas aux éditeurs. Pour répondre à cette croissance régulière, Ellipses vient de lancer la collection "Objectif Staps", dont six titres paraissent entre août et octobre. "On est sur un créneau encore peu occupé, mais qui représente beaucoup de monde, même si les étudiants de cette filière ne sont pas de gros lecteurs", explique Manon Savoye, directrice éditoriale chez Ellipses. L’éditeur universitaire avait déjà une collection "L’essentiel en sciences du sport", mais celle-ci vise aussi bien les étudiants en Staps que les candidats aux concours APS des collectivités territoriales, et surtout elle date d’une dizaine d’années.

Des titres transversaux

De la même façon, Dunod a créé au printemps dernier une sous-série dédiée aux activités physiques et sportives dans leur ensemble (Staps, EPS, BPJEPS… ) dans la collection "Je prépare". Elle s’est ouverte avec trois titres dont deux sont centrés sur la pratique sportive alors que le troisième, Cadre institutionnel, juridique et exercice professionnel, aborde les questions managériales et administratives liées aux métiers du sport. "Cela nous permet de toucher des publics différents qui cherchent tous à se former dans le domaine de l’éducation physique et sportive", décrypte Florence Martin, directrice du marketing et de la communication chez Dunod. Cette nouvelle offre vient compléter un catalogue déjà fourni et régulièrement alimenté chez Dunod, mais à l’approche elle aussi transversale. En mai, l’éditeur a par exemple publié dans sa grande collection "Tout le cours en fiches" un Physiologie humaine qui s’adresse aussi bien aux étudiants de Staps qu’à ceux de première année de médecine.

De fait, le marché des Staps est surtout couvert à travers des titres transversaux par les éditeurs implantés dans le domaine médical (De Boeck), voire spécialisés en médecine (Vigot, Elsevier Masson…). De Boeck Supérieur s’appuie par exemple sur les collections "Sciences et pratiques du sport" ou "Posture, équilibre & mouvement", tandis qu’Elsevier Masson dispose d’une collection "Sport" destinée aux médecins du sport et aux entraîneurs mais dont certains titres intéressent plus particulièrement les étudiants en Staps. Les ouvrages dédiés comme Anatomie, physiologie, biomécanique en Staps sont l’exception et Elsevier Masson ne compte pas développer de collection spécifique. Au contraire, l’éditeur maintient sa stratégie pluridisciplinaire. Après avoir publié Musculation : épidémiologie et prévention des blessures en décembre 2015, la directrice du département acquisition livres, Manuela Boublil-Friedrich, annonce pour l’année 2017 deux nouveautés qui concerneront elles aussi à la fois les filières Staps et médicales.

Le numérique, c’est pas automatique

Les services numériques proposés en complément des ouvrages papier ne séduisent qu’une minorité d’étudiants. Les éditeurs attendent davantage d’implication des enseignants pour développer leur utilisation.

"On est dans une approche neuve qui part des vidéos pour arriver à la théorie, au concept […] C’est une tendance lourde."Florence Martin, Dunod - Photo OLIVIER DION

Outils incontournables ou simples gadgets ? Les contenus numériques ne sont plus attendus comme le Messie par ceux qui les élaborent, ni redoutés comme les invasions barbares par ceux qui s’en tiennent au livre papier. En réalité, l’effervescence autour des ebooks et autres compléments numériques a fait long feu. Ce n’est pas faute, pour les éditeurs, d’avoir élaboré des offres parfois très poussées : Pearson avec MyLab, De Boeck Supérieur avec Noto et Noto Bib, Nathan avec le service Offert livre en ligne, Dunod avec certains de ses "Livres en or" ou encore Vuibert de manière ponctuelle proposent des ressources qui enrichissent grandement les livres papier… et qui restent largement ignorées.

De quoi décourager les meilleures volontés. "On a pu croire à un moment que tout allait basculer dans le numérique, mais on est en réalité dans un processus beaucoup plus lent", relève Florence Young, directrice marketing chez Pearson. Selon l’éditrice, il faut "continuer à s’appuyer sur les piliers traditionnels que sont la librairie ou une bonne politique d’auteurs et dans le même temps tenir compte des évolutions en termes de ressources numériques".

Simplifier les contenus

Car l’élève type apparaît finalement conservateur. C’est seulement quand il devient incontournable, voire obligatoire, que le numérique trouve un large public. Le cas de l’examen classant national (ECN) qui sanctionne la 6e année d’études de médecine et l’entrée en internat est à ce titre éclairant. Depuis cette année, les épreuves se déroulent sur tablette, ce qui a contraint les éditeurs à s’adapter en développant des formats hybrides associant papier et compléments numériques, voire des offres 100 % digitales à travers des plateformes dédiées (1).

Mais l’ECN demeure une exception et, le reste du temps, la présence d’un plus-produit numérique au sein d’un ouvrage papier n’apparaît pas comme un argument de vente en soi. A fortiori quand cela suppose de payer un peu plus cher : "Même les étudiants qui déboursent 30 000 euros pour leur master ne vont pas se tourner spontanément vers des ressources numériques, regrette Florence Young. Payer 10 euros de plus pour un produit qu’on ne va pas, ou peu, utiliser, n’a pas beaucoup de sens pour eux." Ainsi la 15e édition de Marketing management - le "Kotler" pour les initiés - a intégré MyLab en 2015 mais pâtit de son prix plus élevé que d’autres titres concurrents. "Il faut que les professeurs fassent de ces contenus un support réel de leur cours pour qu’on observe une réelle utilisation", plaide Florence Young. L’éditrice estime aussi que des contenus "moins intimidants" auraient davantage leur chance auprès du public : "Nous avions publié Stratégique en 2015 avec un etext enrichi. On est à cheval entre l’ebook et MyLab, et c’est sans doute plus facile d’accès pour les étudiants."

Chez Dunod, la simplification passe plutôt par la vidéo. Outre les "Livres en or", certains titres parus hors collection proposent uniquement des contenus filmés en plus du papier. Management d’entreprise 360°, paru ce mois de septembre, contient ainsi 30 heures de cours vidéo accessibles via un flashcode. "On est dans une approche neuve qui part des vidéos pour arriver à la théorie, au concept, explique la directrice de la communication, Florence Martin, qui ajoute : c’est une tendance lourde, nous avons déjà publié sur le marché professionnel un livre enrichi avec des vidéos qui ont été vues plusieurs milliers de fois."

"Quand le projet s’y prête"

Paradoxalement, il est devenu difficile pour les grands éditeurs universitaires de publier certains types de manuels sans proposer de compléments numériques. "Noto est encore peu utilisé, mais on nous reprocherait de ne pas le proposer", affirme Frédéric Jongen, directeur éditorial chez De Boeck Supérieur. Raison pour laquelle certains acteurs évitent de généraliser les couplages car il est difficile, ensuite, de faire machine arrière. Chez Vuibert, le directeur François Cohen préfère "développer des contenus quand le projet s’y prête, c’est-à-dire quand nous pensons offrir une vraie valeur ajoutée par rapport au livre papier qui demeure, pour nous, l’essentiel". A cet effet, l’éditeur signale deux nouveautés qui s’appuient sur le numérique : la 10e édition de Management stratégique et la 7e édition de Systèmes d’information et management intègrent chacun des PowerPoint pour chaque chapitre, des corrigés de cas de synthèse et des exercices. En sus, Systèmes d’information et management est couplé au site SI&management.fr. Mais François Cohen partage le constat général : "La prescription est une condition du succès de ces ouvrages."

Sauf que la prescription peut aussi réserver des surprises, en particulier quand un éditeur joue sur les deux tableaux. C’est le cas de De Boeck avec Noto, destiné aux étudiants, et Noto Bib, commercialisé auprès des bibliothèques universitaires : "L’enseignant qui veut massivement utiliser le numérique avec ses élèves a tendance à passer par son institution pour demander qu’elle s’abonne à Noto Bib, constate Frédéric Jongen. Cela lui permet de s’abonner au bouquet complet ou, ce qui est aujourd’hui le plus fréquent, de limiter son abonnement au seul manuel qui l’intéresse."

(1) Voir LH 1090 du 17.6.2016, p. 44-50.

Le sillon profond de l’édition d’érudition

Confrontées à l’érosion de leur lectorat, les maisons d’édition spécialisées dans la recherche s’adaptent. La vulgarisation et les ressources numériques offrent des débouchés souvent nécessaires, mais qui n’ont pas vocation à dénaturer leur identité profonde.

"L’édition académique ne se porte pas si mal si elle s’ouvre et se dote d’outils adaptés. Il n’y a aucun misérabilisme à avoir."Lucie Marignac, Rue d’Ulm - Photo OLIVIER DION

L’édition d’érudition va bien, merci pour elle. Voilà en substance ce que répondent les éditeurs du secteur quand on les interroge. "L’année a été stable du point de vue des ventes en librairie, indique Lucie Marignac, directrice de Rue d’Ulm. En revanche, le numérique est en forte croissance grâce aux plateformes payantes." La maison travaille avec un grand nombre d’acteurs (Numilog, Cyberlibris, Cairn, OpenEdition, Numérique premium…) qui pèsent désormais 12 % de ses revenus globaux. "C’est parfois lourd de gérer des partenaires qui n’ont pas tous les mêmes modalités de fonctionnement, mais c’est un vrai plus pour la diffusion, surtout dans les pays de la francophonie qui sont très mal couverts avec le papier", ajoute Lucie Marignac. Pour cette rentrée, les éditions Rue d’Ulm publient dans la collection "Cepremap" une enquête sur les classes préparatoires scientifiques intitulée "Filles + sciences = une équation insoluble ?" Typiquement le genre de livre qui peut intéresser un lectorat élargi. "L’édition académique ne se porte pas si mal si elle s’ouvre et se dote d’outils adaptés, souligne Lucie Marignac. Il n’y a aucun misérabilisme à avoir."

"L’idée est vraiment de rendre les sciences intelligibles au plus grand nombre."Blandine Genthon, CNRS Éditions - Photo OLIVIER DION

Développer la vulgarisation scientifique

Chez CNRS éditions, la directrice générale Blandine Genthon revendique un CA en progression de 8 % pour le dernier exercice disponible. Depuis sa prise de fonction en juillet 2015, l’éditrice s’efforce de développer la vulgarisation scientifique sur le même modèle que ce qui a déjà été réalisé avec un certain succès en SHS. Pour ce faire, CNRS éditions lance une collection de synthèses didactiques intitulée "Numérisciences" dont le premier titre, Le cerveau cognitif, a paru le 9 septembre. En parallèle, la maison annonce des livres hors collection, par exemple un Dictionnaire historique de la langue scientifique arabe, et complète son offensive par la publication semestrielle du livre-magazine Carnets de sciences dont le premier numéro est annoncé pour novembre et ne sera commercialisé qu’en librairie. "L’idée est vraiment de rendre les sciences intelligibles au plus grand nombre", résume Blandine Genthon, qui veut voir progresser la part des publications scientifiques dans un catalogue dominé aujourd’hui à 80 % par les SHS. Mais ces dernières ne sont pas négligées pour autant. La collection de poche "Biblis" continue d’être alimentée à raison d’une trentaine de titres par an, dont beaucoup en histoire.

Aux éditions de l’Ined, qui publient moins de dix ouvrages par an, la directrice Agnès Belbezet, entrée en fonction en août 2015, a amorcé la refonte de la collection "Classiques de l’économie et de la population" et en a extrait une partie des titres pour lancer une nouvelle série intitulée "Etudes & enquêtes historiques". Les éditions de l’Ined n’ont pas les mêmes moyens que d’autres éditeurs publics, mais elles ambitionnent aussi de toucher un lectorat plus large. C’est dans cette optique notamment qu’elles viennent de publier Gouverner les mœurs : la lutte contre l’avortement en France (1890-1950). "Ce genre d’ouvrage mérite d’être diffusé plus largement", estime Agnès Belbezet. Le basculement vers les plateformes numériques est également à l’étude. Pour le moment, les éditions de l’Ined sont exclusivement distribuées au format imprimé.

Du côté de l’édition privée, le contexte est différent, même si le secteur n’a pas été épargné par l’érosion des ventes. "Les tirages ont été réduits par 10 en vingt ans. Aujourd’hui, ils dépassent rarement 400 exemplaires", raconte Isabelle Malaise, directrice des éditions De Boccard, éditeur spécialisé dans l’histoire ancienne et l’archéologie qui publie autour de 25 titres par an. Pour De Boccard, contrairement aux éditeurs publics, il n’est pas question de quitter le domaine de l’érudition pure même si à la marge quelques-uns de ses titres peuvent se retrouver dans les rayons des librairies universitaires. La marque vend plus de la moitié de sa production à l’export et tire l’essentiel de ses revenus de son activité de diffusion-distribution pour une soixantaine d’autres éditeurs, majoritairement publics, avec une moyenne de 300 titres par an. Elle tient aussi une librairie rue de Médicis (à Paris 6e). En 2015, son CA a progressé de plus de 3,5 % et il repose très largement sur le papier. "Beaucoup d’éditeurs publics veulent développer une offre grand public, mais ils se tournent vers des gens comme nous pour la diffusion de leurs titres les plus pointus, décrypte Isabelle Malaise. C’est un vrai savoir-faire. Nous travaillons sans office, nous ne faisons pas de mises en place massives, nous nous adressons aux chercheurs et aux institutions de recherche de France et du monde entier par l’export, dans une proportion équivalente." Dans les rayons des librairies généralistes où ses titres sont parfois mis en place, Isabelle Malaise signale le succès - à leur échelle - des collections de semi-poche comme "Titre courant" chez Droz ou des classiques de l’Ecole française de Rome. Sur le front du numérique, De Boccard est bien présent sur quelques plateformes comme Persée, JStor ou OpenEdition, mais celles-ci "rapportent peu" à l’heure actuelle.


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