Le bel âge ? Avec le réchauffement climatique et la résurgence des fascismes et des guerres, le vieillissement de la population est en train de devenir l'un des sujets majeurs de notre époque et de l'avenir. Tout le monde devrait donc lire ce Tout n'est pas si noir, sous-titré « essai sur la vieillesse » - un mot que l'auteur avoue d'ailleurs éprouver du mal à taper sur son ordinateur. En bon auto-analyste, il l'interprète comme « le signe qu'[il se] refuse à être aussi vieux que cela ». Dominique Fernandez vient de célébrer ses 97 printemps. Et il ajoute cette confession émouvante : « J'ai beau essayer de me persuader des bienfaits de la vieillesse, je l'ai en détestation au contraire, je la tiens pour la plus grande des malédictions possibles. »
C'est là à peu près le seul moment de blues de son livre, où il s'efforce plutôt de positiver les choses, à travers son cas personnel et en allant puiser un maximum d'exemples dans sa vaste érudition : peinture (italienne mais pas seulement), littérature (classique surtout), et musique (toutes). S'il n'a pas « la tête philosophique », comme il dit, l'académicien français l'a encore bien pleine, avec une mémoire alerte. Sans doute parce qu'il pratique chaque jour son sport de prédilection, la lecture, sans oublier l'autre, la marche, malgré un corps qui regimbe et un souffle qui se fait court - depuis sa jeunesse, l'écrivain aux plus de cent livres dont certains sont devenus des classiques (comme Porporino ou les Mystères de Naples, Grasset, 1974) souffre d'un asthme sévère, autrefois handicapant. Aujourd'hui, il vit avec, comme avec les autres maux dus au grand âge, qu'il évoque sans s'appesantir ni s'apitoyer : Fernandez est quelqu'un d'élégant et il reconnaît que, les hommes n'étant égaux ni devant la vie, ni face à la mort, ni donc face à la vieillesse, il fait figure de privilégié.
Parmi tous les sujets abordés, avec un ton d'une extrême franchise, on pense à l'amour, enfin détaché de la sexualité, même si le désir ne disparaît jamais. Dominique Fernandez a aimé et été aimé, a connu un mariage (avec deux enfants) et trois compagnonnages, avant, en 1999, alors qu'il se croyait condamné à la solitude, de rencontrer un ami de 25 ans (à l'époque), écrivain lui aussi, avec qui il a noué une belle relation. On n'en saura pas plus. Mais, au passage, Fernandez nous aura peut-être livré le secret de sa longévité et de sa condition exceptionnelle : « Le cœur est resté jeune. »
Tout n'est pas si noir. Essai sur la vieillesse
Philippe Rey
Tirage: 5 000 ex.
Prix: 20 € ; 192 p.
ISBN: 9782384823215
