Dix millions de livres auraient brûlé ces deux derniers mois dans des frappes russes, soit environ un tiers des quelque 25 millions de livres publiés chaque année en Ukraine. Aucune séquence comparable n'avait été enregistrée depuis le début de l'invasion russe en 2022, indique à Livres Hebdo la direction du média ukrainien spécialiste de l'industrie du livre, Chytomo.
La dernière attaque en date remonte à la nuit du 28 août, à Kiev : un incendie déclenché par un drone dans un entrepôt du transporteur Nova Poshta a détruit plus de 60 000 ouvrages appartenant à plusieurs maisons d'édition. La même vague de frappes sur la capitale a fait au moins 37 morts, dont deux enfants.
600 000 manuels scolaires détruits
Plus tôt dans l'été, le 1ᵉʳ août, une attaque de drones sur Kharkiv avait provoqué un incendie dans le centre logistique de RNK-Ranok. Selon les estimations du groupe, huit millions d'exemplaires représentant 28 000 titres ont été détruits, dont 600 000 manuels scolaires qui devaient être livrés aux établissements avant le 1ᵉʳ septembre.
Le site abritait les stocks des maisons Ranok, Fabula, Readberry et Korali Books, ainsi que ceux de la chaîne de librairies KnyhoLand. Aucun salarié n'a été blessé. Les professionels du livre impactéd relatent que deux drones ont visé le même point, et y voient une attaque délibérément planifiée contre les manuels et les livres ukrainiens.
Marchés du livre et éditeurs
Dans la nuit du 15 au 16 août, c'est le marché du livre en plein air de Potchaïna, à Kiev, réputé pour ses ouvrages rares et anciens, qui a été touché par des drones et des missiles. Plusieurs étals de libraires sont partis en fumée.
La campagne avait commencé le 2 juillet avec l'incendie d'un entrepôt de Denka Logistics, où 800 000 ouvrages de la maison BookChef avaient disparu, soit la quasi-totalité de ses réserves. L'éditeur chiffre ses pertes directes à 125 millions de hryvnias, environ 2,5 millions d'euros, près d'un tiers de son chiffre d'affaires annuel. Le 19 juillet, une attaque sur Kiev avait aussi détruit ou endommagé quelque 850 000 livres, dévasté l'imprimerie Konvi — où environ 250 000 manuels scolaires ont été perdus — et fait disparaître 200 000 exemplaires de l'éditeur jeunesse Knyholove.
Le 24 juillet, le gouvernement ukrainein avait annoncé des mécanismes de soutien : des subventions pouvant atteindre 16 millions de hryvnias (310 000 euros) pour la remise en état des équipements d'imprimerie, et un dispositif d'assurance contre le risque de guerre indemnisant les biens endommagés jusqu'à 30 millions de hryvnias (580 000 euros).
