Braises toujours. Les guerres sont moches et les années qui suivent l'armistice ne le sont pas moins. Du printemps 1944 à celui de 1946, la Bretagne en phase de libération règle ses comptes, et l'euphorie de la victoire peine à cacher les exactions vengeresses inhérentes. Les rancœurs mènent la danse. Certains maquisards d'hier se montrent revanchards et douteux. La légitimité des héros devient une arme de bourreau. Quant aux collabos pur jus ou aux indépendantistes armoricains, la honte ou l'obstination les obligent à subir. Plus rien n'est tout blanc ou tout noir. Le gris délétère s'impose et les cadavres se multiplient autour d'une éternelle question : peut-on être Breton et Français à la fois ? « Breiz atao », annonce en première page la gazette des séparatistes locaux, pro--Allemagne nazie et néanmoins opposée au gouvernement de Vichy. Son titre signifie « Bretagne toujours », sans pour autant prémunir quiconque des affres de la sécession. Dans la région du Mené comme ailleurs, la rudesse de la campagne reprend ses droits et se conjugue à celle des conflits préalables. Seules quelques jeunes filles arrivent encore à ensoleiller un horizon bouché par la haine froide et les punitions arbitraires.
Auteur de quelques romans noirs toujours ancrés à l'Ouest dont Pêche interdite ou Fin d'exploitation (Éditions In8, 2017 et 2020), lui-même Malouin d'origine et instigateur du salon polar automnal Noir sur la ville de Lamballe-Armor (Côtes-d'Armor), Denis Flageul dresse ici une fresque rurale et historique, sobre, instructive et adroite.
Breiz atao
Rivages
Tirage: 3 500 ex.
Prix: 21 € ; 336 p.
ISBN: 9782743672478
