Personne n'écoute. Après des années d'amnésie traumatique, la narratrice anonyme de Tuer le vieux de Daria Marx s'était souvenue que son grand-père, « le vieux », la violait lorsqu'elle était envoyée en vacances chez lui. S'étaient alors ensuivies des heures dans le cabinet de son psy qui l'écoutait sans rien dire, des nuits entières qui auraient dû être festives à raconter dans le détail ce qu'il s'était passé, ainsi que de nombreuses relations toxiques où la sexualité était devenue le terreau de son autodétestation et de sa destruction. « Personne ne s'offusque, personne ne m'indique de solutions, on me laisse parler. » Quand elle est enfin parvenue à dire, sans même « battre un cil » à force de l'avoir répété, « il m'a violé », elle s'est sentie capable de dénoncer son violeur. Et ce matin-là, elle est prête à déposer plainte.
Alors, après une énième nuit blanche, avec les éléments qui peuvent constituer les preuves de son dossier - « des photos, des mots d'enfant griffonnés dans un carnet, un vieux journal intime, une lettre de ma tante » -, elle se dirige vers le commissariat, « le bon, celui qu'on se refile entre victimes, histoire de ne pas se faire renvoyer notre histoire à la gueule par un petit mec en uniforme un peu débile ». Mais à peine sortie de chez elle, elle écoute un message vocal tout juste reçu : « On annule mon rendez-vous, sous-effectif, voir dans un autre commissariat, bonne journée. »
Alors elle va tuer le vieux. C'est simple. Elle va prendre un billet de train, se rendre chez lui dans le Pays basque et régler l'affaire elle-même. Sur le trajet, elle se remémore les conséquences des actes que lui imposait le vieux. « Mon corps ne me laisse pas oublier d'où je viens. » Les diverses humiliations, les perversions multiples, les douleurs innombrables sont inscrites dans son corps. La proie qu'elle était pour le vieux est devenue un rôle, son rôle, celui dont ont abusé pas mal des mecs qu'elle a croisés par la suite. « Il n'y a pas que le vieux qu'il faudrait buter. Mais lui, c'est symbolique, c'est le boss ultime à la fin du jeu vidéo, le méchant en chef, je ne veux pas me rater. »
Blogueuse, écrivaine et militante féministe luttant contre la grossophobie, Daria Marx traduit dans une langue vive et crue la vengeance d'une jeune femme brisée par l'inceste. Un récit cathartique au ton jubilatoire.
Tuer le vieux
Flammarion
Tirage: 7 000 ex.
Prix: 18 € ; 160 p.
ISBN: 9782080158789
