Essai/Brésil 14 novembre Clarice Lispector

Curieuse de tout, Clarice Lispector possède un regard bien à elle, qui imprègne ses romans comme ses autres écrits. L'auteure brésilienne a conquis le monde entier par sa voix intransigeante, poétique et passionnante. Après la publication de ses nouvelles, en un seul volume, voici l'ensemble de ses chroniques, parues dans la presse brésilienne entre 1946 et 1977. Intrépide, Lispector imagine une forme hybride entre le journal intime et les réflexions existentielles. Elle inspecte sa vie tout en scrutant l'univers environnant. Cette « faim humaine » tenaille sa plume. « Je suis née pour aimer les autres, je suis née pour écrire et je suis née pour élever mes enfants. » Une féminité revendiquée, mais attention, « si féminine que soit la femme, elle n'est pas une écrivaine, mais un écrivain. Un écrivain n'a pas de sexe, ou plutôt il a les deux. » Elle se livre à un exercice d'équilibriste entre l'envie de se raconter et celle de se cacher. Clarice Lispector grandit au fil des pages, en revisitant l'enfance ou l'angoisse de la mort.

L'écriture est son oxygène, mais elle s'interroge souvent sur cet acte qui lui prend tout son temps. « Écrire c'est savoir respirer à l'intérieur de la phrase. Je n'ai qu'un corps et une âme. En écrivant, j'appartenais un peu à moi-même. » Chacun de ses textes est comme un petit bijou ciselé. Il révèle une personnalité entière, jamais encline à renoncer à la joie de vivre. Mais l'auteure possède aussi un tempérament de feu. « Je ne supporte pas la résignation. Ah, comme je dévore avec appétit et plaisir la révolte. » Elle le prouve en signant des papiers engagés, où elle s'oppose au ministre de l'Éducation qui creuse le fossé des inégalités. Le Brésil la préoccupe, elle s'y sent attachée. « J'écris parce que je ne peux pas rester muette. » Ses entretiens avec des personnalités artistiques ou littéraires témoignent d'une volonté de comprendre la complexité des êtres. « Le mot « miroir » n'existe pas, car un seul miroir en est une infinité. » Ce qu'elle nous offre ici est justement la palette de sa multiplicité. Elle ne s'en cache pas, avouant qu'elle nous vend« une certaine partie de mon âme ». Elle nous fait part de ses doutes, de sa tristesse de ses pensées profondes. Sa plume sonde les hommes, Dieu, l'amour ou l'art avec brio. Clarice Lispector écrit avec ses entrailles, sa vulnérabilité et ses fantômes. En la lisant, on s'immisce dans son univers, à chaque instant.

Clarice Lispector
Chroniques : édition complète 1946-1977 - Traduit du portugais (Brésil) par Claudia Poncioni, Didier Lamaison, Jacques et Teresa Thiériot
Des femmes-Antoinette Fouque
Tirage: 3 000 ex.
Prix: 25 euros ; 400 p.
ISBN: 9782721007056

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