Le poète de l'Histoire. Il ne fut pas poète comme le Victor Hugo de La légende des siècles. Il ne fut pas historien comme le Michelet de l'Histoire de France. Tous deux furent de ses amis. Il les admirait fort et tous partageaient les idéaux républicains nés à la Révolution. Modeste, Alexandre Dumas (1802-1870) se définissait lui-même comme un vulgarisateur. Il assumait sa prolixité exceptionnelle d'écrivain « industriel », ses collaborations nombreuses, dont celle, reconnue et affichée, avec Auguste Maquet, qui, bien plus qu'un nègre, était un coauteur qu'il ne parvint jamais à remplacer après leur brouille et le procès de 1858. Il supporta les attaques en illégitimité littéraire qui lui furent adressées par certains critiques haineux, dont l'ignoble Mirecourt, son ennemi juré, par ailleurs raciste. Dumas était le fils du général mulâtre haïtien Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie, dit Dumas, et de Marie-Louise Labouret. Il avait le teint basané et les cheveux crépus. Il le revendiquait, comme il s'éleva contre l'oppression et l'esclavage dans les colonies françaises, rétabli par Napoléon, qu'il n'aimait guère.
À sa façon, Dumas fut un poète de l'Histoire, et l'on se rend compte aujourd'hui que son œuvre foisonnante, polymorphe, prométhéenne, obéit à un dessein précis. Il voulait écrire « le drame de la France », du Moyen Âge à son époque, afin « d'apprendre l'Histoire au peuple », au moyen de cycles romanesques ancrés dans une époque précise. Sans théorie, mais avec des héros dont le destin prendrait valeur d'exemple. À sa mort, Hugo saluera un « semeur de civilisation ».
À partir de 1844, l'écrivain, qui avait remporté son premier triomphe au théâtre en 1829 avec Henri III et sa cour, va publier, à un rythme effréné dans toute la presse de son temps puis en volumes, ses romans historiques les plus célèbres, Les trois mousquetaires (1844) et Vingt ans après (1845), en même temps que ce que l'on appelle « le cycle des Valois », sur les guerres de Religion au xvie siècle, La reine Margot (1845), La dame de Monsoreau (1846), Les Quarante-cinq (1847). Ces trois romans, qui ne sont pas ses plus connus, sont aujourd'hui édités dans « La Pléiade », accompagnés d'un album admiratif, exhaustif et contextualisé, signé Julie Anselmini. Ce n'était pas à l'origine une trilogie, puisque Dumas, dans Les grands hommes en robe de chambre, projet inachevé cité ici en annexe, consacra un texte à l'assassinat d'Henri IV, ébauche d'un autre roman possible.
Bien d'autres cycles viendront, dans le désordre, au fil des idées de l'auteur et des feuillets envoyés par son acolyte, le tout dans le tourbillon frénétique d'une vie tumultueuse (amours, voyages, fortunes, faillites), pas très longue mais formidablement remplie. Alexandre Dumas, désormais surnommé « Père », est allé mourir chez son fils Alexandre, dans sa villa de Dieppe, le 5 décembre 1870, épuisé, malade, indigent. Grâce à lui, le peuple de France a appris son Histoire. Il lui a marqué sa reconnaissance en 2002 en le faisant entrer au Panthéon. Et tant pis pour tous les Mirecourt qui snobent encore notre plus grand écrivain populaire.
Le cycle des Valois, coffret
Gallimard
Tirage: 7 000 ex.
Prix: 136 € jusqu’au 31/12/2026 ;144 € à partir du 01/01/2027; 2720 p
ISBN: 9782073080257
