Diffusion-distribution

Volumen : Amen

Site de Ballainvilliers, 2005. - Photo Olivier Dion

Volumen : Amen

La cession discrète mais définitive, fin juillet, de Volumen à Editis souligne l’impact sur la diffusion-distribution d’une chute de la production française de livres de 200 millions d’exemplaires en huit ans.

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Par Hervé Hugueny
Créé le 25.08.2015 à 20h06 ,
Mis à jour le 28.08.2015 à 11h09

En bouclant au cœur de l’été la cession de sa filiale Volumen à Editis, annoncée fin mars (1), La Martinière a réussi à transformer en non-événement une opération qui suscitait interrogations et rumeurs depuis plus de deux ans. Daté du 23 juillet, le bref communiqué à l’en-tête des deux groupes est passé inaperçu. La veille, date du bouclage de la transaction, La Martinière avait procédé à une augmentation de capital de Volumen de 12,2 millions d’euros pour financer le plan social à venir et apurer une dernière fois les pertes. Dans la foulée, Eric Lévy, directeur général d’Interforum, la filiale de diffusion-distribution d’Editis, a pris la présidence de Volumen à la place d’Hervé de La Martinière.

Le montant de la transaction n’est pas communiqué. Il serait "très très bas" selon les acteurs associés aux ultimes négociations dans les deux groupes. Pour le vendeur, même à un euro symbolique, cette cession serait encore rentable car elle supprime un foyer de pertes récurrent depuis le rachat du Seuil et de sa diffusion-distribution en 2004. Partenaire de La Martinière dans ce rachat, la famille Wertheimer n’a pas ménagé l’immense fortune issue du groupe Chanel qu’elle contrôle pour maintenir à flot un outil industriel toujours déficitaire, en dépit des investissements consentis. Entre 2006 et 2015, une trentaine de millions d’euros ont été remis au bilan, à coups d’opérations sur le capital de Volumen ou sa logistique filialisée dans Loglibris.

Sanction d’un équilibre économique jamais retrouvé depuis la fusion chaotique des distributions du Seuil et de La Martinière, la vente apparaît aujourd’hui imméritée étant donné la réussite de la réorganisation de l’outil : libraires et éditeurs tiers saluent l’efficacité de la distribution Loglibris et la qualité des équipes commerciales de Volumen. Ce succès d’estime a été insuffisant pour faire revenir les clients perdus (L’Ecole des loisirs, Odile Jacob, Payot, pour les plus importants) ou pour en gagner de nouveaux ainsi que La Martinière l’espérait encore en 2008, année du partenariat avec Chapitre au sein de Loglibris. Le pari devenait d’autant plus impossible à tenir alors qu’entre-temps l’édition française réduisait drastiquement son volume de production, et donc la source de revenus des diffuseurs-distributeurs : le nombre d’exemplaires imprimés a chuté de près de 200 millions depuis le pic atteint en 2007, et s’est replié à 553,2 millions l’an dernier (- 35 %), d’après les statistiques du Syndicat national de l’édition. Parallèlement, la production de nouveautés a continué d’augmenter, de 13 % sur la même période selon les données Livres Hebdo/Electre.

Réductions progressives d’effectifs

La divergence entre le nombre de volumes traités en distribution et les nouveautés à présenter en diffusion est un des défis des filiales spécialisées des grands groupes. Interforum/Editis doit maintenant relever celui qui concerne Volumen. Même avec le chèque de 12,2 millions d’euros accompagnant sa nouvelle entité, des réductions progressives d’effectifs sont probables, d’une cinquantaine de personnes chez Loglibris, et d’un peu moins chez Volumen. Et la concurrence sera rude : Madrigall a recruté Karima Gamgit, ex-DG de Volumen, pour lui confier le CDE, chargé de la diffusion des éditeurs extérieurs au groupe, qui a aussi besoin de nouveaux clients pour redresser ses comptes. Selon l’Autorité de la concurrence, Madrigall (Gallimard, Flammarion et Casterman) est le challenger immédiat d’Editis dans la diffusion-distribution.

(1) Voir LH 1036, du 3.4.2015, p. 22-25.

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