Viviane Hamy

Viviane Hamy : l’avenir sans Fred Vargas

Photo O. DION

Viviane Hamy : l’avenir sans Fred Vargas

Les éditions Viviane Hamy fêtent leur quart de siècle en se redéployant autour des auteurs du catalogue, alors que leur locomotive a quitté la maison pour Flammarion.

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Par Anne-Laure Walter,
Créé le 29.05.2015 à 00h00,
Mis à jour le 29.05.2015 à 10h37

Quand j’ai créé les éditions, j’avais la vision d’un espace qui s’inscrirait dans la durée, où les correspondances s’établiraient au fil du temps entre les auteurs, leurs livres, et les lecteurs qui les espèrent sans le savoir. L’essentiel pour moi est la relation qui se crée et s’établit entre les êtres, l’auteur et lui-même, l’auteur et moi, l’auteur et mes collaborateurs, représentants, libraires, journalistes, et, par-dessus tout, le lecteur anonyme. Pour faire du livre le lieu d’un échange, d’un dialogue, et, pourquoi pas, d’un duel entre correspondances. Les auteurs qui seront à Montpellier ont fait le choix d’être publiés chez nous. J’ai fini par reconnaître que ce n’était pas anodin. En dépit de tous mes défauts, ils savent que ce qui nous lie est basé sur mon désir, mon engagement de leur laisser l’espace de liberté le plus vaste pour qu’ils poursuivent leur travail. Ils savent que je les pousserai toujours là où ils ont besoin d’aller à un moment de leur quête, même si cela est violent et douloureux. Je crois, oui, que ce sont des écrivains, parce qu’ils savent dire non, tout en restant à l’écoute du monde.

En 2008, Fred a introduit un agent dans une relation qui se déployait depuis quinze ans. Cela s’opposait à mon besoin de faire naître la création sans oblitérer la dimension du réel. Le courrier que je lui ai envoyé en janvier 2014, pour lui dire que je ne parvenais pas à travailler avec un agent, n’était que le constat renouvelé - confirmé par l’expérience - que je ne pouvais pas faire scission avec moi-même. J’ai créé seule les éditions Viviane Hamy. Je ne peux me couper en deux, faire fi de cette dualité-là. J’ai essayé, je n’y arrive pas. Elle n’a pas voulu l’entendre. J’ai dû accepter d’entendre que nous n’étions plus en phase.

Je ne parle chiffre d’affaires qu’avec mon comptable. Si le rapport que j’entretiens avec un auteur se résume au pourcentage qu’il représente dans le CA des éditions, alors je sombre dans le puits de l’incompréhension et de l’impuissance.

Je ne parviens pas à réaliser que tant de jours ont passé. J’ai la mémoire de chacun des événements qui les ont jalonnés, bouquet de correspondances au présent, puisque les quelque 200 titres du catalogue sont là pour me les faire toucher du doigt. Au début de l’année, j’ai demandé à François Vallejo ce que représentait pour lui l’écriture, l’édition, la liberté, et j’ai associé à son texte, À nos mots amis, un inédit de Deszö Kosztolányi, L’homme parle, dans un tiré à part. Certains auteurs nous ont offert une nouvelle inédite : elles seront rassemblées en un recueil qui sera offert aux libraires et aux lecteurs au cours du second semestre. Et nous avons eu des cadeaux dès ce début d’année, car Déposition de Léon Werth est en cours de traduction aux Etats-Unis, et Dennis Johnston, de Melville House, s’est pris de passion pour 33jours, qui vient de paraître [en américain, NDRL]. Et puis un producteur a trouvé le réalisateur qu’il fallait pour adapter Ouest de François Vallejo au cinéma. François Vallejo lui-même n’en revient pas, pas plus que moi, d’avoir rassemblé autant d’individus, de désirs et d’espoirs au sein d’un même espace.

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