Lecture publique

Un voilier-bibliothèque pour réduire les inégalités d’accès à la culture

Manon Guilbaud et Marion Langevin, éditrice et professeure de français, partent pour trois ans de voyage. - Photo KANNJAWOU

Un voilier-bibliothèque pour réduire les inégalités d’accès à la culture

Marion Langevin et Manon Guilbaud se sont lancées dans un projet fou : un tour du monde de trois ans à bord de leur bibliothèque flottante, espace de convivialité pendant leurs escales. Prise de température à trois semaines de leur départ, en direction du Sénégal où elles installeront une médiathèque dans un village qui en a besoin. 

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Par Fanny Guyomard,
Créé le 05.08.2021 à 16h21,
Mis à jour le 05.08.2021 à 17h00

C’est ce qui s’appelle une bibliothèque sans frontière. Nichée dans un voilier de dix mètres, elle transporte des histoires de ports en ports, acheminées par deux corsaires de la culture : Marion Langevin et Manon Guilbaud, toutes deux âgées de 28 ans.
 
La première, capitaine du vaisseau, avait quitté sa Bretagne natale pour enseigner le français dans un collège de région parisienne. Elle aime le kouign-amann, la vapeur du café dans le carré du bateau, l’odeur des sous-bois en automne, les nouvelles personnes et "les chèvres"La seconde, cuistot et gestionnaire d’origine vendéenne, éditait des manuels scolaires chez Hachette. Son plaisir à elle : "brailler des chants de marin à la barre de Kannjawou". Kannjawou, le nom de leur association et de leur bibliothèque océane.
 
De Saint-Malo à Porto

Lorsqu’on les rencontre en visio en ce début août, trois semaines après leur départ de Plouër-sur-Rance (Côtes-d’Armor), elles sont en escale dans le port espagnol de Coruña. Avec des cris de mouettes en fond sonore, elles montrent une peau vaguement hâlée, des visages rayonnants et une petite mine. Les nuits sont courtes, fractionnées en quarts de trois heures, bercée par une houle de deux à trois mètres. "On est en phase de rodage", sourit Marion Langevin, qui tient la barre, entraînée depuis son enfance au large de Saint-Malo.
 
Après une autre escale à Porto, l’équipage devrait arriver en novembre à Djirnda, au Sénégal, "même si pour l’instant, les frontières maritimes ne sont pas encore ouvertes en raison du Covid, pointe Manon Guilbaud. Mais nous sommes en contact avec des associations pour avoir une dérogation".
 
Ideas cube

L’une de ces associations, c’est Femmes Plus, engagée dans la scolarisation des enfants. Il y a aussi Bibliothèques sans frontières (BSF) qui les accompagne pour installer un Ideas cube, un hotspot wifi qui donnera accès à une médiathèque numérique avec tablettes et vidéoprojecteur.
 
"Le collège de ce village sénégalais n’a pas de CDI. L’ideas cube y sera donc installé, mais tous les habitants pourront consulter ses ressources. L’idée est de créer du lien social", indiquent-elles. Après ces deux mois d’escale, ces "bibliothémers" resteront en contact avec les usagers pour enrichir la base de textes et d’idées d’animations. Puis direction la Guyane, pour se greffer à une action de BSF déjà en cours. L’arrivée est prévue pour mars "en avançant à 10 km/h en moyenne !", précise la capitaine.

Rencontres


Mais pour des raisons de sécurité, leur arrivée à Haïti n'est plus maintennue comme prévu. C’est pourtant le titre d’un roman haïtien de Lyonel Trouillot qui a donné son nom à leur aventure : Kannjawou. "En créole local, cela désigne une fête où tout le village est convié, sans distinction sociale. On aimait cette idée de célébration, et c’est un auteur que nous apprécions toutes les deux", explique Manon Guilbaud.

Elle transportent aussi avec elles Noces d’Albert Camus parce qu’il a été pour elles une invitation au voyage. Et qu’elles l’ont découvert ensemble en prépa littéraire à Nantes, où elles se sont rencontrées.

Bibliothèque évolutive

 
Depuis toutes ces années, elles rêvaient de prendre l’horizon. "A la condition de faire profiter de nos humbles compétences littéraires", souligne Marion Langevin. Il leur a fallu économiser pendant six ans et trouver des partenaires. Elles transportent aujourd’hui une cinquantaine de livres à bord, qui pourront être échangés au gré des escales et des rencontres, au Brésil, peut-être en Polynésie, à Madagascar, en Afrique du Sud… Ils sont pour le moment fournis par des proches, qui ont donné les ouvrages qui les ont personnellement marqués. Un cadeau d’au-revoir avant, peut-être, trois années de voyage et leur but ultime : la Nouvelle-Zélande.

Pour suivre leurs aventures en direct : http://kannjawou.com/

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