Dans les tout prochains jours, le Syndicat national de l’édition proposera à ses adhérents deux solutions de lutte contre le piratage, qui reposent sur le même principe de surveillance et d’identification des sites trafiquant des livres numériques. Au-delà des verrous ou tatouages numériques qui tentent de prévenir la prolifération de fichiers illicites, il faut aussi contenir leur diffusion. Au lieu de s’en prendre au lecteur, soupçonné au mieux de négligence, ou au pire de malhonnêteté, ces outils de surveillance visent les organisateurs de la circulation des fichiers. C’est une évolution qui se constate dans le monde entier, récemment exposée en France dans les préconisations du rapport Lescure.
L’une des solutions du SNE est inspirée du service mis en place par l’association des éditeurs britanniques, dont le site Copyright Infringement Portal a été traduit. Elle supposera un peu de travail. A l’adresse Portailprotectionlivres.com, les éditeurs pourront charger leurs listes de références, devront vérifier ensuite les alertes signalant un titre piraté, puis cocher l’envoi d’une notification en demandant le retrait au webmaster. Le site, qui pouvait jusqu’alors invoquer l’ignorance, est désormais averti de la contrefaçon et susceptible de poursuites. Evidemment, s’il est hébergé dans un pays peu coopérant juridiquement, la rétorsion juridique est aléatoire. L’éditeur peut charger autant de références qu’il le souhaite : le tarif dépend de son chiffre d’affaires, et va de 285 euros pour une activité inférieure à 285 000 euros, à 5 750 euros lorsqu’elle dépasse 11,5 millions.
L’autre solution est fournie par Hologram Industries, une société spécialisée dans la protection de documents, marques, contenus numériques. « A partir des livres numériques, nous calculons une empreinte propre à chacun d’entre eux, qu’il s’agisse de texte ou d’image, que nous comparons aux contenus circulant sur Internet. Nous déclenchons le processus de notification lorsque nous trouvons une copie illicite », explique Marc Pic, directeur digital solutions d’Hologram. Le prix dépendra du nombre global de livres à surveiller, et il sera dégressif à l’exemplaire. La participation des grands éditeurs diminuera donc la facture des petits. L’objectif est d’arriver à un coût inférieur à 1 euro par livre et par mois. Pour lancer le service, Hologram attend un corpus de 4 000 à 5 000 livres. « Vu la demande que nous avons constatée, et le sondage que nous avons effectué à la suite de la présentation aux éditeurs, nous devrions l’atteindre sans problème », assure Christine de Mazières, déléguée générale du SNE.
Hachette Livre et Editis n’utiliseront toutefois pas ce prestataire : ils ont signé avec la société américaine Attributor, lancée en 2007 et spécialisée dans la traque aux fichiers contrefaits sur Internet. Quelque 90 éditeurs dans le monde utilisent ses services, dont presque tous les grands groupes américains, de même que l’espagnol Planeta, maison mère d’Editis, ou encore Pottermore, le site de diffusion des versions numériques d’Harry Potter. Ni la société ni ses clients français ne souhaitent indiquer le prix de la prestation fournie. Au Royaume-Uni, la Guilde des éditeurs indépendants (IPG) a signé un accord qui ouvre à ses adhérents les services complets d’Attributor à raison de 15 livres (17,50 euros) par ouvrage et par an. Le prestataire s’occupe aussi de pister les indexations de Google pointant vers des livres piratés, et d’en faire retirer les liens afin de les rendre introuvables sur Internet. De janvier à avril, il a ainsi fait retirer pour Hachette plus de 8 000 liens de Google, dont l’essentiel lors d’un grand ménage au démarrage, selon les indications fournies par le moteur de recherche. Pour Editis, il a demandé près de mille retraits de janvier à mai, dont les trois quarts au démarrage. Au total, depuis juillet 2011 et tout secteur confondu, les titulaires de droits du monde entier ont demandé le retrait de 14,8 millions de liens, acceptés à 97 %. <
