Premiers exposés à la concurrence de l’autoédition, les éditeurs anglophones ne se contentent plus de surveiller les ventes des auteurs émergeant de ce magma pour les attirer avec un chèque d’à-valoir : parmi les plus importants, beaucoup ont lancé leur propre filiale ou marque. Penguin a même fait sensation en juillet 2012 en achetant Author Solutions (AS), le leader de ce secteur, pour 116 millions de dollars (86 millions d’euros). Un beau succès pour les créateurs de cette entreprise, qui emploie 1 600 salariés, pour l’essentiel aux Philippines. Fondée il y a seulement sept ans, elle réalisait en 2012 une centaine de millions de dollars (74 millions d’euros) de chiffre d’affaires. Elle mérite son nom : les deux tiers de ses recettes viennent des prestations (solutions, en anglais), de quelques centaines à plusieurs milliers de dollars, vendues aux 150 000 auteurs, qui ont publié 190 000 titres. Mécontents, quelques-uns d’entre eux ont d’ailleurs intenté une action en justice, qu’ils tentent de transformer en procès collectif.
Pour Penguin, qui s’était essayé à créer sa propre marque (Book Country), l’opération ne se limite pas à s’assurer l’exclusivité d’une sorte de gigantesque couveuse à auteurs, dont le groupe publierait ensuite sous son nom les éléments les plus prometteurs. Il s’agit aussi d’une diversification dans une forme d’édition en pleine expansion et apparemment déjà rentable. La nouvelle filiale devrait améliorer le bénéfice de sa maison mère dès cette année, elle-même faisant partie du nouvel ensemble fusionné avec Random House, leader de l’édition américaine. Une expansion internationale est programmée dans les pays anglophones.
Compte d’auteur.
Depuis novembre 2012, Author Solutions est aussi le partenaire de Simon & Schuster dans Archway Publishing, qui se consacre aux auteurs de romans, essais, livres pour la jeunesse et du prolifique segment « business ». La reprise d’AS par Penguin a failli faire capoter le projet, en discussion bien avant cette prise de contrôle. Il ne s’agit pas seulement d’accueillir par une porte dérobée des auteurs dont les manuscrits n’auraient pas été acceptés par Simon & Schuster, mais de les faire payer, dans la bonne vieille tradition de l’édition à compte d’auteur. Les packages vont de 1 600 à 25 000 dollars (1 180 à 18 470 euros). AS avait aussi signé des accords avec Harlequin (littérature sentimentale), ou encore avec Thomas Nelson (édition religieuse, filiale d’HarperCollins).HaperCollins a aussi créé sa marque astucieusement baptisée Authonomy. Tout aussi habile, le britannique Bloomsbury (éditeur d’Harry Potter) propose ses conseils et ses formations payantes via son guide Writers & artists. Les grands groupes anglo-saxons n’ouvrant même plus les manuscrits envoyés par la poste, pas plus que les grandes agences littéraires, il y a en effet une immense frustration à exploiter qu’il devient risqué de laisser aux bons soins d’Amazon, Barnes & Noble, Kobo et consorts.
