Le motif de l'exil imprime de nombreux programmes. Il est chez Julliard, au commencement de Debout dans tes rêves d'Abdellah Taïa où un jeune marocain homosexuel débarque à Paris pour étudier la littérature française à la Sorbonne dans les années 2000. Au Mercure de France, Jeanne Pham Tran s'adresse à sa grand-mère paternelle dans Les ombres de l'exil, restituant sa vie depuis sa Chine du Sud natale jusqu'à Paris, en passant par Saigon et Marseille. Comment retrouver ses origines lorsque le passé ne nous attend plus ? interroge quant à elle Line Papin dans Hanoi Stories, qu'elle signe chez Albin Michel, livrant le roman d'une quête du bonheur.
Chez Grasset, un premier roman, C'était ça ou mourir, de Thélyson Orélien, écrivain québécois d'origine haïtienne, se frotte au territoire de l'exil à travers la figure de Jonas, professeur d'histoire qui fuit Haïti dans l'espoir de rejoindre le Canada. Il traverse la République dominicaine, le Mexique, puis les États-Unis, où il se heurte à la brutalité de la police anti-immigration.
Deux seconds romans sont aussi imprégnés de cette thématique. Chez Phébus, Marin Postel se penche sur un autre type d'exil dans Chiens de rizières dont l'intrigue se joue dans les marges de Saïgon, parmi les filles trafiquées et les paumés. Que ta bouche me couvre de baisers d'Antoine Vigne (Bourgois) met par ailleurs en scène la rencontre entre Saïd, réfugié syrien, et Damien, revenu à Arles pour s'occuper de son père âgé. Une relation qui se mêle à la mémoire familiale et coloniale, aux deuils et à l'exode.
Exil toujours, chez Albin, où Marion Brunet suit, dans Ne cherche pas le chaos, un père qui affronte un passé qu'il a voulu taire, du Chili de 1973 à la France d'aujourd'hui. Finaliste du Goncourt du premier roman pour Espèces dangereuses (2024), Sergueï Shikalov signe Grenouille au Seuil, suivant une star de cinéma russe qui s'enfuit à Paris au début de la guerre en Ukraine, entre chute brutale dans l'anonymat et nouvelle chance de retrouver sa dignité. Henri, le personnage de Finalement tout s'est bien passé, d'Estelle-Sarah Bulle (Liana Levi), est lui aussi confronté à l'exil en quittant la Guadeloupe pour le quartier animé de Belleville des années 1960.
La réflexion se fait parfois plus philosophique et existentielle, comme c'est le cas chez l'éditeur québécois La Peuplade, où Christian Guay-Poliquin déploie via Le mur une métaphore politique sur le rêve de l'ailleurs. À travers son lien avec une exilée et son enfant, Jane Sautière, née en Iran, explore quant à elle la figure de l'étranger et le devoir d'accueil avec De la terre des pleurs un grand vent s'éleva (Quidam).
