crise sanitaire

Reconfinement : les associations d’auteurs anticipent une "hécatombe"

Dans les allées du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil 2018. - Photo OLIVIER DION

Reconfinement : les associations d’auteurs anticipent une "hécatombe"

Les organisations professionnelles alertent sur l’extrême fragilité des créateurs et sentent qu'un découragement massif se répand dans la profession.

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Par Nicolas Turcev,
Créé le 29.10.2020 à 19h17,
Mis à jour le 29.10.2020 à 21h27

"Gueule de bois", "menace d’effondrement", "désastre"… Les organisations professionnelles d’auteurs sont unanimes : le reconfinement annoncé le 28 octobre par Emmanuel Macron va plonger toute la profession dans un abîme dont elle aura du mal à s’extirper.
 
"Nous connaissons déjà les conséquences du confinement pour les auteurs. L’annulation des festivals et salons entraîne l’arrêt des rencontres et des dédicaces, ce qui veut dire pas de vente de livres et pas de rémunération pour les auteurs", explique Patrice Locmant, délégué général de la Société des gens de lettres.

Deux événements de premier plan sont déjà victimes des nouvelles restrictions sanitaires : la 21e édition du festival les Utopiales qui devait se tenir à Nantes du 29 octobre au 1er novembre, et le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil (SLPJ), initialement programmé du 2 au 7 décembre prochains.

Même si les événements virtuels et hors les murs du SLPJ sont maintenus, l'annulation du salon principal "est un coup de massue pour toute la profession, même si c'était attendu, souligne Juliette Panossian, directrice administrative de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse. C’est à la fois la grand-messe du secteur où les créateurs se rendent pour se rendre visible et un endroit où les jeunes auteurs peuvent rencontrer des partenaires, des éditeurs, pour se lancer". Cette mauvaise nouvelle s’ajoute à l’arrêt, depuis le printemps, des interventions d'auteurs en école, qui représentent une manne importante pour les créateurs jeunesse.
 
Un tiers de rémunération en moins

Ce tableau déjà peu reluisant est complété par la fermeture des librairies, qui ne fait plus vraiment de doute malgré les appels du pied de l’interprofession à l’Elysée. Patrice Locmant a fait le calcul : "Logiquement, cela veut dire qu’avec le précédent confinement et celui-ci, les auteurs vont perdre un tiers de leur rémunération l’an prochain", puisque les droits d’auteur sont habituellement versés au créateur six à douze mois après la publication d’un ouvrage.
 
"La situation est extrêmement préoccupante puisque les auteurs étaient déjà fragilisés par leur condition sociale dégradée, antérieure même au premier confinement, s’alarme Samantha Bailly, présidente de la Ligue des auteurs professionnels. Entre les dysfonctionnements de l’Urssaf, les non-recours aux droits sociaux et maintenant cette deuxième crise sanitaire, les revenus vont s’assécher. Les efforts consentis par un auteur sur deux ou trois ans pour produire un livre seront réduits à néant." La responsable sent venir un "effondrement" chez les auteurs.
 
Le sentiment est partagé par Yves Frémion, coprésident du Syndicat des écrivains de langue française (Self), qui anticipe un « véritable désastre ». « Le confinement et la fermeture des librairies laissent un champ de ruines derrière eux. Parmi les auteurs, beaucoup ne vont pas s’en remettre. Nous récupérons certes du temps pour écrire mais nous ne savons pas ce qui va advenir de ces écrits. La non-parution et les décalages créent des retards financiers qui ne seront jamais rattrapés. Par conséquent, beaucoup d’auteurs arrêtent ou changent de métier. Même parmi ceux qui ont rencontré leur public et ont bâti une œuvre. Nous allons au-devant d’une hécatombe ».

"L'incompréhension est totale"

Au pessimisme ambiant se rajoute la colère des auteurs, principalement dirigée contre les pouvoirs publics qui ont choisi de fermer les librairies, considérées comme des commerces non essentiels. La décision, qualifiée à l’unisson d’"absurde" parmi les organisations professionnelles, ne passe pas. "Les librairies sont en capacité et équipées pour accueillir du public. Je ne vois pas pourquoi un hypermarché, qui accueille des milliers de clients, a le droit d’ouvrir et pas une librairie qui sait gérer les flux dans son établissement", remarque Patrice Locmant.
 
Ce nouveau coup dur pour les auteurs alimente le sentiment que le gouvernement a globalement lâché la profession, en situation de crise depuis plusieurs années. "Le fonds de solidarité nous a un peu aidé pendant le premier confinement, mais ce n’est pas suffisant. Le problème est que le gouvernement n’a pas les outils pour bien identifier les auteurs et leur venir en aide dans les périodes de crise. Sans statut clairement défini pour délimiter la profession, ce scénario se répétera", pronostique Samantha Bailly.
 
"L’incompréhension est totale, se lamente Yves Fremion. Le gouvernement aura beau annoncer des mesures, censées ou non, il n’a plus de crédibilité à nos yeux, nous n’y croyons plus."





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