De la signalétique confiée à une artiste à l’accueil basé sur le mot d’ordre « Venez avec votre corps », qui a conduit les médiathécaires à s’affranchir des banques de prêt pour aller à la rencontre des usagers en circulant dans les espaces, et à proposer des modes d’assises et de consultation très diversifiés, L’Echo, la nouvelle médiathèque du Kremlin-Bicêtre dans le Val-de-Marne, ouverte au public en décembre 2012, est innovante par bien des aspects. Mais ce qui a convaincu le jury de lui attribuer le prix de l’Innovation, c’est la démarche entreprise de réinventer le métier de bibliothécaire en valorisant l’essentiel : la médiation. La réflexion sur l’organisation du temps de travail a conduit l’équipe à considérer les tâches uniquement sous l’angle du bénéfice pour le public. Conséquences : une augmentation de 11 heures des horaires d’ouverture hebdomadaire de la bibliothèque, la réduction du temps alloué au travail technique (catalogage, équipement des documents), le développement de partenariats avec les fournisseurs pour recevoir des sélections de documents établies en fonction des grandes orientations des collections.
« Les activités d’accueil et d’animation répondent à un besoin social sans précédent. Alors pourquoi ne pas déplacer la hiérarchie des valeurs et considérer à leur juste mesure ces missions professionnelles mésestimées ? », plaide Héloïse Courty, directrice de la médiathèque. Le temps de travail est dédié à 50 % à l’accueil du public, 20 % à celui des collectivités et à l’action culturelle, soit 70 % au contact direct du public, et 30 % pour les tâches techniques. Inspirée par la philosophie du care, construite autour du souci d’autrui, l’équipe place son utilité sociale au premier plan de son action. Le personnel est davantage impliqué dans le projet d’établissement avec l’objectif d’élever le niveau des compétences communes (tout le monde reçoit des groupes, maîtrise les ressources électroniques, fait des actions hors les murs, etc.). L’action culturelle est élaborée de manière transversale par des groupes de projets à géométrie variable qui se renouvellent régulièrement.
Ce qu’en pense le jury
« J’ai été très sensible aux partenariats établis avec les libraires, souligne Sylviane Friederich, directrice de La Librairie à Morges, en Suisse, ainsi qu’au travail mené pour repenser les fonctions et les tâches des bibliothécaires. Il y a 3 postes d’accueil. Cela montre l’importance accordée à cette mission et la volonté du personnel de se montrer d’une grande disponibilité envers le public. » Dominique Lahary, ancien directeur adjoint de la bibliothèque départementale du Val-d’Oise, aujourd’hui à la retraite, y voit, de son côté, la démonstration que « l’innovation ne porte pas sur une méthode ou une technique, mais sur une conception d’ensemble de l’organisation du travail ». V. H.
