Après des débuts de libraire, puis dix ans comme représentant commercial chez Hachette, au Seuil et à La Martinière, Pierre Fourniaud fonde La Manufacture de livres en 2009. Cherchant à s’affranchir des contraintes inhérentes aux grands groupes pour éditer librement ses choix littéraires, il se lance avec l'enthousiasme des débutants et distribue lui-même ses premiers services de presse à bicyclette dans les rues de Paris.
A-t-il conservé son excitation intacte près de 20 ans plus tard ? Dans cet entretien, l'éditeur affirme que l'ouverture de l’enveloppe (numérique, désormais) et la découverte d'un texte restent le moteur de son activité. Comment s'opère aujourd'hui sa sélection parmi la dizaine de manuscrits qu’il reçoit chaque semaine ? Pierre Fourniaud précise rechercher avant tout une écriture singulière et un univers propre. C'est par voie postale qu'il a découvert Franck Bouysse, devenu depuis une voix majeure de la littérature contemporaine, couronné par le prix Jean Giono pour Né d'aucune femme, vendu à près de 150 000 exemplaires.
Démarche documentaire
Au-delà du roman, comment l'éditeur construit-il son catalogue documentaire ? La ligne de La Manufacture se distingue par une attention portée aux parcours de vie atypiques. Dans cet entretien, il explique pourquoi il édite des récits allant de figures du grand banditisme, tel que le braqueur Rédoine Faïd (auteur de Braqueur : des cités au grand banditisme en 2010), aux témoignages de rescapés des attentats du Bataclan (Bataclan, mémoires, un document illustré signé Olivier Roller, paru en 2025). Une démarche documentaire pensée pour confronter le mythe à la réalité du terrain.
L'entretien aborde enfin la fragilité économique et les incertitudes sur l’avenir. Face aux remises en cause de la loi sur le prix unique, l'éditeur lance une alerte : sans cette législation, c'est toute la chaîne du livre indépendant (éditeurs comme libraires) qui est menacée de disparition. Pierre Fourniaud, qui a remporté en 2023 le trophée spécial Livres Hebdo de l'éditeur de l'année, en arrive à poser la question : cette rentrée littéraire de 2026 sera-t-elle sa dernière ? Un contexte politique et économique sous tension qui donne encore plus de poids aux deux parutions qu'il défend à la rentrée : Aride, le premier roman d'Ugo de Grégorio, et De guerre ou d'ailleurs de Séverine Chevalier.
