C’est devenu une habitude : chaque salon soulève une vague d’annonces et de conférences relatives au numérique sans commune mesure avec des ventes dont l’envolée se conjugue encore au futur. Le nombre de lecteurs de livres numériques a certes triplé depuis un an, à 15 % des répondants au sondage SGDL-SNE-Sofia, mais 44 % d’entre eux reconnaissent acquérir la plupart de leurs titres gratuitement… Néanmoins, le secteur s’organise.
L’accord auteurs-éditeurs qui ouvre l’adaptation du contrat d’édition à l’ère numérique a été signé la veille de l’ouverture du salon, et la base ReLire de titres indisponibles à numériser a été ouverte le même jour.
A côté des Assises numériques du Syndicat national de l’édition, l’International Digital Publishing Forum (IDPF) a tenu une première conférence à Paris, portée par une récente vague d’adhésions d’acteurs français du livre à ce consortium qui définit la norme ePub, jusqu’alors presque purement américain. Elle était aussi payante, une première pour une manifestation de ce genre en France.
La création du consortium Readium, chargé de fournir les outils nécessaires au développement d’applications de lecture du format ePub3, a aussi été annoncée depuis le salon. C’était en partie une coïncidence, mais ce qui l’était moins, c’est la proportion d’entreprises françaises parmi les membres fondateurs : 8 sur 26. L’enjeu, c’est l’ouverture au numérique de tout le catalogue des ouvrages illustrés (pratique, beaux livres, jeunesse, BD, scolaire), qui supposent une mise en page structurée : l’ePub3 y est mieux adapté que les versions précédentes, dont les fonctionnalités suffisaient à la littérature générale.
Cette norme correspond aussi très bien aux tablettes tactiles, dont le parc est 10 fois supérieur à celui des liseuses, moins élaborées. Par ailleurs, Apple apparaissant moins prédateur qu’Amazon, la concurrence dans l’univers des tablettes semble plus ouverte, ce qui rassure les éditeurs. Ils avancent toutefois toujours prudemment, à l’abri de prix et d’une offre sous contrôle. Il est ainsi révélateur qu’il n’existe toujours pas de base exhaustive du livre numérique, et qu’aucune annonce en ce sens n’ait été faite au salon. < Hervé Hugueny
