FIL 2023

Marisol Schultz (FIL de Guadalajara) : « J’adorerais que la France soit notre invitée d’honneur »

Marisol Schulz, directrice générale de la Foire internationale du livre de Guadalajara, qui se tient du 25 novembre au 3 décembre au Mexique - Photo © FIL/Paola Villanueva Bidault

Marisol Schultz (FIL de Guadalajara) : « J’adorerais que la France soit notre invitée d’honneur »

Alors que la Foire internationale du livre (FIL) de Guadalajara, au Mexique, bat son plein, sa directrice générale, Marisol Schultz, éditrice de profession, s’est entretenue avec Livres Hebdo. Au menu : le dynamisme retrouvé des marchés du livre hispanophone, la place que les éditeurs français ont à y jouer, ou encore son souhait de voir, un jour, la France invitée d’honneur de la deuxième plus grande Foire du livre de la planète. 

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Par Pierre Georges, à Guadalajara (Mexique)
Marie Fouquet, à Guadalajara (Mexique)
Créé le 01.12.2023 à 03h22

Livres Hebdo : Alors que la FIL 2023 bat son plein, quelles sont vos premières impressions sur cette 37e édition ? 

Marisol Schultz : Tous les indicateurs sont au vert. Le public revient en masse, et, chaque journée, la fréquentation est en hausse par rapport à l’an passé (où la FIL avait attiré plus de 800 000 personnes, 14 000 professionnels et 2200 maisons d’éditions, ndlr). Et le succès ne se mesure pas qu’en chiffres, mais aussi avec le ressenti des éditeurs, qui sont très heureux. 

Justement, quels sont les premiers retours de la part des milliers de professionnels présents à Guadalajara cette année, en particulier en termes d’échanges de droits ?

Tous me disent qu’ils vendent plus de livres que l’an passé. Le sentiment général des professionnels du livre est à la satisfaction. Les premiers retours venants de notre centre d’échanges des droits sont tout aussi positifs, Guadalajara a retrouvé son rôle de point de rencontre entre éditeurs qui travailleront ensemble par la suite. Pour l’instant, nous estimons que 5000 éditeurs internationaux de plus que l’an passé ont fait le déplacement. 

En tant qu’organisateur de ce rendez-vous majeur pour le monde du livre, que pouvez-vous nous dire sur le choix d’avoir fait de toute l’Union européenne votre invité d’honneur cette année ? 

C’est un véritable bonheur de voir que 27 pays différents parviennent à arriver au Mexique avec un programme commun, aussi dense et aussi riche, avec plus de 70 auteurs, prestigieux comme nouveaux arrivants, des expositions partout en ville, des concerts incroyables chaque soir… Tout cela mis bout à bout fait que, de mon point de vue, nous avons cette année l’une des meilleures programmations que nous ayons jamais eues. 

Vous accordez également une très grande place au public jeune, avec, entre autres, un salon spécial sur votre Foire : la FIL Niños. 

Ce public est très important pour nous. Ils sont très attirés par certains influenceurs, invités par les maisons d’éditions. Plus que des auteurs ou des éditeurs, les jeunes lecteurs sont plus attirés par des thématiques qui les touchent directement dans leurs vies, comme la sexualité, les finances, les questions de genres ou de violences faites aux femmes… 

Guada
Photo LÉA LA/MICHEL AMADO

Comment résumeriez-vous l’état de santé du marché du livre au Mexique, et plus généralement du marché du livre hispanophone, langue comptant près de 500 millions de locuteurs ? 

Ici, les gens restent attachés au livre imprimé, comme les allées bondées de la foire en témoignent. En Amérique latine, le livre numérique ou audio ne prennent pas, ce qui nous a beaucoup pénalisé pendant la période Covid. Aujourd’hui, le marché s’en est enfin remis et les chiffres sont bons. Des secteurs comme l’illustré voient leurs chiffres augmenter, même si la littérature reste le genre roi. Les marchés sont actuellement dynamiques, mais connaissent aussi leurs lots de difficultés, notamment politiques. Le livre a une place très importante dans la politique mexicaine aujourd’hui, mais peut-être que ce ne sera plus le cas dans cinq ans.

Justement, un prix unique du livre a été mis en place il y a huit ans au Mexique. Cette loi a-t-elle aidé l’industrie, en particulier les libraires ? 

Je pense que cette loi n’a rien changé. C’est une loi très importante, mais elle n’est pas suivie. Pour une raison simple : il n’y a aucune sanction. 

De votre point de vue, les éditeurs français ont-ils une place à prendre sur ces marchés dynamiques ? 

Ils sont moins en vue que les éditeurs de pays hispanophones, évidemment. Les lecteurs ici n’ont pas l’habitude de lire des auteurs et éditeurs français. Il y a donc des opportunités pour eux de faire quelque chose, autre que de faire simplement publier leurs traductions par Anagrama ou Alfaguara par exemple. Les auteurs français ont un marché pour eux ici ! J’aimerais en recevoir plus. 

Par ailleurs, qui seront les invités d’honneur de la FIL ces prochaines années ?

En 2024 nous invitons l'Espagne. En 2025, ce sera la ville de Barcelone. Nos invités peuvent être des pays, des villes, des cultures, des unions… ce qui importe, c'est la littérature. J’adorerais que la France soit notre invitée d’honneur. J’ai même essayé, plusieurs fois, en venant avec mon dossier de présentation en français sous le bras… 

Enfin, en termes de fréquentation, la FIL de Guadalaraja semble être la première foire du livre au monde, alors que ce titre est en général plutôt attribué à la Foire de Francfort… Pouvez-vous nous expliquer ? 

On ne peut pas comparer des pommes et des poires ! Les deux foires sont très différentes. En termes de fréquentation, oui, nous sommes devant. En termes de business, nous sommes derrière. Francfort accueille des professionnels de plus de 150 pays… Nous en accueillons environ 50, même si ce chiffre augmente tous les ans. Entre les deux foires, les positionnements sont assez différents. Pour résumer : Guadalajara est la première foire en Amérique, Francfort est la première dans le monde. 

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