Le marché français du livre a enregistré un net recul en 2025, avec 307 millions d'exemplaires de livres physiques neufs vendus (-2,5 % en volume) pour un chiffre d'affaires de 3,9 milliards d'euros (-1,5 % en valeur), selon NielsenIQ BookData. La vente numérique estimée à 17 millions d'exemplaires représentant 137 millions d'euros (+ 4 %) permet de pondérer la baisse générale à -1,6 % en volume et -1 % en valeur.
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Cette baisse s'inscrit dans un contexte de forte tension économique : 80 % des Français se déclarent préoccupés par l'inflation et la baisse du pouvoir d'achat, et un quart d'entre eux envisageaient début 2025 de réduire leurs dépenses culturelles. Les acheteurs ont effectivement diminué leurs achats d'un livre par an (-6 %) et leur budget de 4 euros par an (-2 %), pour atteindre 13,50 livres et 163 euros annuels.
La librairie Actes Sud à Arles.- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Une concentration inédite sur les best-sellers
Le marché a connu en 2025 une polarisation spectaculaire. Les ventes du top 10 ont plus que doublé en un an (x2,2) pour représenter 2,9 % du marché total, contre 1,3 % en 2024. Cette concentration touche particulièrement les grandes surfaces alimentaires (GSA) et spécialisées (GSS), dans lesquelles le top 10 pèse désormais respectivement 7,1 % et 8,8 % des ventes. Sans les phénomènes Astérix (1,9 million d'exemplaires) et les titres de la romancière américaine Freida McFadden (6,9 millions d'exemplaires), le marché aurait chuté de 4,9 % en volume. Selon NielsenIQ BookData, cette concentration des achats illustre une « transition d'un marché d'offre à un marché de demande ».
La littérature portée par le phénomène McFadden
La littérature générale constitue la seule source de croissance du marché (+ 4,4 % en volume), tirée exclusivement par le roman policier (+ 42,1 %). Freida McFadden représente à elle seule 93 % des gains du segment littéraire. Grâce à elle ainsi qu'à Lucinda Riley (1,1 million d'ex.) et Anna Stuart (1 million d'ex.), la littérature étrangère progresse de 17,3 % et retrouve son poids de 2017 (41 % du marché littéraire). À l'inverse, la littérature française recule de 3 % et les romans contemporains perdent 4,3 %, tandis que la romance s'effondre de 9,9 %, pénalisée par une baisse de 13 % de la demande malgré une offre stable. L'imaginaire recul de 2,4 %, avec 293 000 exemplaires vendus en moins.
Bande dessinée et jeunesse en berne
Les bandes dessinées accusent une baisse de 8,9 % en volume (62,3 millions d'ex.), principalement due à l'effondrement du manga (-13,4 %). Le shōnen, segment phare, perd 19,7 % de ses ventes moyennes par titre et concentre 80 % des pertes du manga. Les séries installées ne parviennent plus à recruter de nouveaux lecteurs, impactant à la fois les nouveautés (-15 %) et le fonds (-13 %). La jeunesse enregistre également un recul significatif (-5 %) avec 60,9 millions d'exemplaires vendus. Les albums, tous âges confondus, perdent entre 4 % et 17 % de leurs ventes, reflétant la chute de la natalité française (663 000 naissances en 2024 contre 802 000 en 2010). Les lecteurs jeunesse ont réduit leurs achats d'un livre (-17 %) et leur budget de 6 euros par an (-9 %).
Pratique stable, tous les circuits impactés
Le segment loisirs/vie pratique se maintient à 27,4 millions d'exemplaires, porté par l'essor des loisirs créatifs (+ 70,5 % en quatre ans), notamment les coloriages (3,9 millions d'ex., + 44 %). En revanche, la santé et vie de famille recule de 8,9 %, tous sous-segments confondus.
La baisse du marché touche l'ensemble des circuits de distribution : GSA (-2,2 % en volume), GSS (-2 %), librairies de niveau 1 (-1,6 %) et librairies de niveau 2 avec Internet (-3,7 %). Ces dernières sont les seules à voir leur part de marché reculer en 2025 (33,3 % contre 33,9 % en 2024). Ce phénomène se retrouve dans la majorité des pays européens (Italie -3 %, Royaume-Uni -2,5 %, Pays-Bas -3 %), à l'exception de l'Espagne (+ 0,2 %) et du Portugal (+ 7 % à fin août).
Défis 2026
Face à cette conjoncture, NielsenIQ BookData identifie cinq défis pour 2026 : améliorer la connaissance des attentes consommateurs, rationaliser les politiques de publication, intégrer les facteurs exogènes tels que la baisse du pouvoir d'achat et la hausse du temps d'écran dans les stratégies commerciales, optimiser la notoriété des marques éditoriales, et replacer l'expérience d'achat au cœur des dispositifs. L'objectif affiché : « Réenchanter le marché du livre ».
Évolution du marché du livre sur l'année 2025
Sur l’ensemble de l’année 2025, la vente de livres physiques via les différents circuits de librairies a connu plusieurs phases d’évolution, parfois contradictoires. Après une période janvier-février en croissance (+2,5 % par rapport aux mois équivalents de 2024), le printemps a affiché une décroissance prononcée, –3,5 %, avant un été équivalent à celui de l’année précédente et un dernier quadrimestre à –3 % (malgré un relatif bon mois d’octobre boosté par Astérix). Le marché recule de 1,5 %, avec –2,5 % en volume et 1 % d’augmentation du prix moyen constaté. L’effet prix est très contrasté selon les catégories, et semble augmenter sur celles qui souffrent des plus fortes baisses de volume (littérature générale et manga). À l’inverse, les catégories qui marchent concèdent quelques points en valeur : baisse de prix en BD avec les fortes ventes d’Astérix, ainsi qu’en Policier-SF avec celles des versions poche de Freida McFadden.
ÉVOLUTION DU MARCHÉ DU LIVRE SUR L’ANNÉE 2025- Photo LIVRES HEBDO / ELECTRE DATA SERVICESPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
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