La rentrée est aussi devenue celle des machines à lire : Sony, Kobo, Amazon ont présenté depuis six semaines leur nouvelle génération de liseuses, avant leur mise en vente effective étalée de début septembre à fin octobre, entraînant une nouvelle rafale d'annonces suivant une communication bien rodée. Ces appareils sont plus puissants, ou dotés de nouvelles fonctionnalités, mais vendus au même prix que la précédente génération. Quand les anciens sont maintenus en vente, leur prix baisse et ils deviennent le produit d'entrée de gamme. Tous restent basés sur la technologie de l'écran à encre électronique, d'où le maelström numérique est parti : c'était en septembre 2006, date de la sortie du Reader de Sony (à 350 dollars/267 euros), après une tentative ratée au début des années 2000. Depuis 2008, le nombre de liseuses livrées dans le monde est estimé à 52 millions selon iSuppli, dont environ 500 000 en France (source GFK).
S'inspirant d'Amazon et de son Kindle, les alliances entre concepteurs de matériel et librairies numériques deviennent systématiques, et plus intégrées. Sony, qui n'avait plus de partenaire depuis la fin de l'accord avec la Fnac, rejoint Chapitre.com, qui proposera le nouveau Reader PRS-T2 à 129 euros (alors que le fabricant le vend à 149 euros sur son site). Il n'y a pas d'innovation majeure par rapport à la T1, qui disposait déjà d'un écran tactile de bonne qualité, d'une connexion Wi-Fi et d'une possibilité d'extension de mémoire. L'installation préprogrammée du lien avec la librairie Chapitre est la principale nouveauté, qui permet de télécharger directement des livres, sans passer par l'ordinateur, et se rapproche de la simplicité d'utilisation du Kindle. Elle évite aussi l'identification fastidieuse de l'appareil dans Adobe Digital Edition (le système de gestion de droit, DRM). Sony n'a rien annoncé concernant l'ouverture de sa propre librairie numérique, installée au Luxembourg. Une tablette tactile multimédia était aussi prévue pour la fin de septembre.
NOUVEAUTÉS
Kobo est plus innovant avec trois appareils : deux liseuses et une tablette. Le >Kobo Glo devrait pacifier les relations dans les ménages : toujours à encre numérique, son écran tactile (6 pouces, 114 × 157 mm) intègre un éclairage qui rendra la lampe de chevet inutile. C'est Barnes & Noble qui avait entendu les réclamations montant des chambres à coucher et lancé le premier cette innovation. Le processeur est également plus puissant, et la résolution de l'écran supérieure. Il est doté d'une connexion Wi-Fi, et vendu 130 euros à la Fnac, soit le prix du précédent Kobo Touch, passé à 100 euros. Le concepteur canadien annonce un Kobo Mini, Wi-Fi et tactile, avec un écran de 102 × 133 mm. Le prix de vente en France n'est pas encore communiqué. Aux Etats-Unis, il est à 80 dollars (61 euros). Kobo présente aussi l'Arc, une tablette tactile multimédia, d'une dimension (7,4 pouces) légèrement inférieure à celle de l'iPad, dont le prix en France n'est pas non plus précisé. Aux Etats-Unis, elle est à 200 dollars (152 euros) dans sa version de base.
Amazon commercialisera à partir d'octobre sa tablette Kindle Fire, en deux versions : le modèle de base, lancé l'an dernier aux Etats-Unis, vendu ici à 159 euros, et le "HD", plus puissant et doté d'une meilleure résolution d'écran, à 199 euros. L'écran est de 7 pouces, légèrement plus grand que celui de la liseuse, proche d'un livre grand format mais extra plat. L'appareil est surtout plus léger (400 g) que l'iPad. Il s'approche de la machine à tout faire, brouillant les frontières entre les liseuses, exclusivement dédiées à la lecture, et les tablettes, plutôt destinées au multimédia mais étant aussi adaptées au livre, et davantage à la presse. Le cybermarchant a prévu une grande campagne de publicité dans la presse, pendant six semaines à partir de la fin d'octobre. Sony se limitera à quelques jours à la mi-décembre. Aux Etats-Unis, Amazon lancera aussi un modèle de tablette plus grand, visant directement l'iPad. Le site a également présenté un nouveau modèle de liseuse, dotée comme le Kobo Glo d'un éclairage intégré, d'un écran tactile et d'une résolution supérieure qui doit justifier le nom de ce modèle : Paperwhite. Ce nouveau Kindle existe en deux versions, en Wi-Fi seul (119 dollars/91 euros) ou avec une connexion 3G (179 dollars/137 euros). A ces prix-là, un écran de publicité apparaît à chaque mise en route. Pour y échapper, il faut payer 15 dollars supplémentaires. Amazon n'a pas prévu de lancer ce modèle cette année en Europe. Le prix du Kindle de base, non tactile, a simplement été réduit de 20 euros (à 79 euros), et le Kindle Touch n'est plus proposé qu'en version Wi-Fi, à 129 euros. Si l'entreprise suit le même calendrier que l'an dernier, ces nouveautés, aujourd'hui réservées au marché américain, arriveront au printemps prochain en France. Le système de recherche avancée du Kindle Store reste un des meilleurs, avec celui d'ePagine.
TERMINAUX MULTI-USAGES
Bookeen indique sans plus de précision qu'il mettra un nouveau modèle en vente dans les prochaines semaines. Sa Cybook Odyssée est la liseuse attitrée de plusieurs librairies indépendantes via ePagine, mais aussi de Virgin, Decitre et Cultura, qui ont toutes intégré leur librairie numérique sur l'appareil. Ces partenaires peuvent attendre une nouvelle version pour faire face à celles des concurrents.
Dans cette intégration du matériel et du contenu, il faut ajouter aussi la tablette Nexus7 de Google, conçue pour être le terminal d'utilisation des livres, des vidéos, des applications vendus sur la plateforme Google Play (presse et musique arriveront prochainement). "Google Play est un des piliers de Google dans la stratégie de l'Internet mobile. Et les tablettes de 7 pouces vont créer un nouveau marché" prévoit Philippe Colombet, responsable des partenariats du moteur de recherche dans le livre, dont la promesse est de rendre accessibles tous les contenus, sur tous les supports, et en permanence.
Au même prix et à la même dimension que le Kindle Fire HD, la Nexus7 sera directement concurrente de l'appareil d'Amazon, plus que de l'iPad, qui reste inégalé pour la lecture de BD, note Claude de Saint-Vincent, directeur général de Média-Participations. Nouveau venu sur ce terrain de la vente de contenus, Google dispose encore d'un grand potentiel... d'amélioration, tant il part de bas dans la présentation de sa première librairie multimédia. Très minimaliste dans ses options de recherche, elle est pour le moment surtout adaptée aux smartphones. Ce mois d'octobre devrait aussi marquer le retour de Microsoft sur ce marché, avec sa tablette Surface, après un premier essai raté il y a dix ans. Le groupe prépare une campagne de communication massive.
