Avant-critique Roman

Leslie Kaplan, "L'assassin du dimanche" (P.O.L)

Leslie Kaplan - Photo © Hélène Bamberger/POL

Leslie Kaplan, "L'assassin du dimanche" (P.O.L)

Dans ce nouveau roman, Leslie Kaplan fait le récit d'une époque contemporaine marqué par les féminicides, dans laquelle des femmes s'organisent pour lutter contre les violences.

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Par Marie Fouquet
Créé le 04.04.2024 à 09h00

Femmes en lutte. « S'organiser contre les féminicides, [c'est] aussi s'organiser contre toute forme de domination. » Soulignant le caractère absurde des injustices qui leur sont faites, Leslie Kaplan met en scène dans ce nouveau roman des femmes qui se rassemblent pour agir face aux féminicides et qui trouvent les moyens de dépasser le traumatisme, de se relever contre leurs bourreaux, d'agir pour leur futur et ainsi, pour le futur de tous. En collectifs ou par petits groupes, les femmes se retrouvent pour discuter, faire le récit de leurs histoires vécues, de celles de leurs amies, de leurs sœurs, ou de leurs mères disparues. Elles élaborent des plans pour lutter contre les agressions et les assassinats de femmes. Car cela renforce et consolide de parler ensemble, en non-mixité, des situations de violences et de domination issues du sexisme aveugle. À travers leur lutte, ce sont les travers d'une société malade qui se dessine.

À Paris, des femmes se mettent à la recherche de « l'assassin du dimanche », qui a encore sévi. Cet homme, un « psychopathe qui tuait les femmes systématiquement le dimanche », incarne une des « violences précises », une « terreur concrète » de notre époque qui baigne dans un contexte où des menaces plus « larges, massives » pèsent sur les populations. « C'était un drôle de moment. Il y avait des signes de toutes sortes, mais les repères se perdaient, oppression partout, nouvelles dominations qui se mettaient en place, la contestation se transformait [...]. La fin d'un système peut-être ? » Eva, Louise, Stella, Jeanne, Aurélie... se réunissent en Grand Collectif puis se divisent en différents groupes pour quadriller la capitale, afin de multiplier les chances de retrouver cet assassin du dimanche. Le trouver ne ramènera pas les victimes, mais cela les vengera. « La terreur rend apathique, les mensonges grotesques du pouvoir sont flagrants, plus personne ne croit à rien, on ne peut pas compter sur les autorités, il faut absolument prendre ses affaires en main. »

Eva partage son expérience en la matière au Grand Collectif et s'inspire de ses lectures de Franz Kafka. Dans le Groupe Crachat, « petit groupe furieux », Aurélie et trois autres ouvrières de l'usine de biscottes sont « déchaînées ». Puis il y a celles qui mènent des actions dans la rue, en manifestations, qui graffent ou qui collent des messages sur les murs de la ville : « Des femmes, pas des victimes / La meilleure défense c'est l'arnaque / Gare au loup / Les loups sont entrés dans Paris / Sans peur et sans reproche / Peur ? Moi jamais / Juste vivante / Moi je me marre / Les hommes, oui, les tueurs, non... » Après avoir parlé, Stella se sent « entière [...], Oui, entière, pas découpée en morceaux ». Toutes les autres applaudissent et répondent en chœur : « On ne veut plus / plus jamais / être découpées / en morceaux. »

Leslie Kaplan
L'assassin du dimanche
P.O.L
Tirage: 3 200 ex.
Prix: 14 € ; 144 p.
ISBN: 9782818057261

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