Si le marché du poche est dominé à 80% par les grands groupes, les collections des petits éditeurs ne se laissent pas abattre. Pour conforter leur catalogue en grand format, ces derniers mettent en avant leurs propres rééditions mais aussi des inédits. Laure Leroy, directrice de Zulma, réédite son fonds dans sa collection "Z/a", lancée l’année dernière. Elle revendique la vente de 60 000 volumes à petit prix signés par Hubert Haddad, Kei Miller ou Audur Ava Olafsdóttir entre autres. "La part du fonds est de 50 % environ, ce qui marque l’installation de la collection", estime-t-elle. Publier ses propres poches permet surtout de renforcer l’implantation de la maison d’édition en librairie. "Nous voulions gagner en visibilité, être sur les tables des libraires toute l’année, ce que le poche rend possible", indique Jérôme Dayre, directeur d’Inculte, qui a lancé fin 2017 sa collection de poche "Barnum" et lui-même ancien libraire.

Alice Déon, à La Table ronde, constate l’impact du poche sur la découverte d’un écrivain, ce qui permet de porter toute son œuvre. Elle applaudit les bonnes ventes des livres à petit prix dans sa collection "La petite vermillon" signés par Michel Bernard. L’auteur s’est fait remarquer avec son dernier livre, sur Jeanne d’Arc, Le bon cœur, paru en grand format en janvier, en même temps que le poche Deux remords de Claude Monet. Dans cette logique, Cambourakis récupère les droits de titres de Nikos Kazantzakis pour sa collection de poche. L’éditeur a publié cinq romans en grand format de l’écrivain grec disparu en 1957 et trois reprises en poche le 6 juin, dont Le jardin des rochers initialement paru au Rocher en 1991.

Systématiser l’inédit

Malgré un prix réduit, le poche peut contribuer sensiblement aux résultats d’une maison. La Découverte a réédité L’odyssée d’Homère traduit par Philippe Jaccottet, qu’il avait publié initialement en 2000 et qui était épuisé. L’éditeur enregistre une percée de 5 points dans le rayon grâce à ce texte, inscrit au programme des prépas scientifiques, qui s’est vendu à près de 60 000 exemplaires en 2017 selon GFK. Dans un autre registre, Bragelonne attribue sa progression en volume aux poches des labels Milady et Castelmore. Outre son chouchou feel-good, Jojo Moyes, le roman de Nadia Hashimi, La perle et la coquille, et le premier tome de la saga fantasy du Sorceleur dépassent chacun les 20 000 exemplaires vendus.

Ce potentiel du poche fait que les éditeurs de grands formats soignent de plus en plus les opérations de marketing et promotion de leurs petits volumes. Frédéric Martin au Tripode se félicite de l’organisation de ses "tapas littéraires". Autour d’un apéritif, les libraires présentent leurs cinq livres préférés en format poche de cette maison d’édition. "Le catalogue reste ainsi actif dans la durée", souligne-t-il.

Comme les grosses maisons de poches, les petites collections proposent des textes directement dans le format. Minuit a publié le 5 avril en "Double" un inédit de Laurent Mauvignier, Voyage à New Dehli, offert pour l’achat de deux ouvrages de cette collection de poche. Ces inédits sont plébiscités par les lecteurs, souligne Christophe Guias à "La petite bibliothèque Payot". Il cite la belle performance du Wagon plombé de Stefan Zweig, vendu à près de 12 000 exemplaires. Paru au moment des commémorations des révolutions de 1917, ce livre donne la version de l’auteur biographe sur le retour de Lénine en Russie.

Enfin, si l’inédit émaille de façon ponctuelle un catalogue, certains ont choisi de le systématiser. Le Sonneur a opté pour le format poche pour la collection d’inédits d’écrivains "Ce que la vie signifie pour moi", dirigée par Martine Laval, qui a publié avec succès en mars C’est aujourd’hui que je vous aime, de François Morel. Alexandrines constate aussi une belle implantation de sa collection "Le Paris des écrivains", créée en 2015, qui a trouvé son rythme de croisière et accueille son 20e titre le 9 juin, Le Paris d’Apollinaire de Philippe Bonnet.

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