Le mercredi 3 juin, les équipes de l’Institut français, de l’Académie Goncourt et du Syndicat national de l’édition (SNE) se sont réunies au siège de l’Institut français, rue de la Folie-Régnault à Paris, pour officialiser un nouveau partenariat destiné à faciliter l’accès aux livres au format numérique pour les étudiants jurés du Choix Goncourt à l’international.
Discussions entre les signataires
À l’arrivée des invités, l’atmosphère est encore calme. Dans un bureau à l’étage, quelques personnalités se retrouvent pour un échange informel avant la cérémonie. Philippe Claudel, président de l’Académie Goncourt, Vincent Montagne, président du SNE, Eva Nguyen Binh, présidente de l’Institut français, Martin Briens, récemment nommé secrétaire général du Quai d'Orsay, ainsi que plusieurs collaborateurs évoquent la vitalité de la création littéraire française et la portée internationale du Choix Goncourt.
Philippe Claudel raconte notamment le lancement récent du Choix Goncourt en Indonésie, tandis qu’Eva Nguyen Binh revient sur le déplacement d’une délégation française à Kyiv, en Ukraine, à l’occasion de l’Arsenal du livre, malgré le contexte de guerre. Des exemples qui illustrent la place qu’occupe aujourd’hui la littérature comme vecteur de dialogue culturel.
Quelques minutes plus tard, les participants rejoignent le rez-de-chaussée. La salle s’est progressivement remplie. Représentants du ministère des Affaires étrangères, membres de l’Académie Goncourt et collaborateurs de l’Institut français et du SNE échangent dans un brouhaha chaleureux avant la signature officielle.
Philippe Claudel, Vincent Montagne, Martin Briens et Eva Nguyen Binh à l’Institut Français- Photo LLPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Faciliter l’accès des livres en lice
En effet, chaque automne, près de 10 000 étudiants participent au Choix Goncourt. Ce dérivé du prestigieux prix littéraire, permet à des lycéens et étudiants de débattre des romans de la rentrée littéraire française avant de désigner, dans leur pays, leur propre lauréat parmi la liste du prix Goncourt. Créé en 1998 avec la Pologne comme premier pays partenaire, le dispositif compte aujourd’hui 52 Choix Goncourt répartis dans 74 pays.
L’objectif du partenariat est simple : permettre aux trois institutions de se coordonner pour que les étudiants jurés puissent accéder plus facilement aux romans en lice pour le plus prestigieux prix littéraire français.
La question de l’acheminement des livres
Le partenariat répond à une difficulté récurrente : « Comme vous le savez, dans certains pays il est assez difficile d’acheminer des livres, cela a un coût cela prend du temps, ce partenariat va permettre beaucoup plus de fluidité », rappelle Philippe Claudel. Pour répondre à cet enjeu, les titres de la sélection seront désormais mis à disposition sur Culturethèque, la bibliothèque numérique du réseau culturel français.
Cette solution permettra aux étudiants d’accéder rapidement aux textes, tout en maintenant l’envoi d’exemplaires papiers lorsque cela est possible. Selon Philippe Claudel, ce partenariat favorisera « une propagation heureuse et rapide de la littérature française ultra-contemporaine ».
La sécurité des œuvres
La convention vise également à répondre aux inquiétudes des éditeurs concernant la circulation des fichiers numériques. Jusqu’à présent, les ouvrages étaient parfois transmis par courriel, un système jugé insuffisamment sécurisé : « Les PDF circulaient beaucoup par mail, ce qui posait des problèmes en termes de sécurité juridique. Il y avait un risque de fuite », explique-t-elle. Avant d’ajouter que Culturethèque est « une plateforme sécurisée, ouverte uniquement au réseau, qui permet aux postes d’accéder très facilement aux livres sur lesquels travailler ».
Eva Nguyen Binh reconnaît que ce fonctionnement restait relativement artisanal et pouvait générer un sentiment d’inconfort chez les différents partenaires : « Nous allons donc vers une procédure plus structurée et plus durable. »
Pérenniser le dispositif
Après une phase de test menée l’an dernier, les partenaires ont décidé de pérenniser le dispositif. Les consultations des fichiers peuvent désormais être suivies, permettant de mieux contrôler leur diffusion. Une évolution saluée par le Syndicat national de l’édition, dont le président Vincent Montagne insiste sur l’importance de recevoir les textes « dans des conditions où il n’y a aucun risque de prolifération ».
« Les 16 titres présélectionnés proviennent chaque année d’éditeurs différents, il faut donc s’habituer à cet exercice, le partenariat est fait pour officialiser cette manière de travailler », conclut le président du SNE.
Un prix qui fait rayonner la littérature française
Au-delà des questions logistiques, les Choix Goncourt de l’étranger jouent un rôle majeur dans la diffusion de la littérature française contemporaine. Ils permettent à des étudiants du monde entier de découvrir des œuvres dans leur langue originale. « Le but de ces Choix Goncourt est de faire connaître une voix contemporaine à des étudiantes et étudiants qui nous font l’honneur de s’intéresser à notre langue et à notre culture », souligne Philippe Claudel.
Le succès du dispositif repose également sur l’engagement des équipes des Instituts français, des enseignants et des étudiants qui contribuent à son implantation dans de nouveaux pays. Une dynamique qui profite aux auteurs comme aux éditeurs en offrant aux ouvrages sélectionnés une visibilité internationale croissante.
Pour Vincent Montagne, ces initiatives participent pleinement au rayonnement culturel français : « C’est la diplomatie culturelle française qui permet à ces textes de qualité, traitant de problématiques contemporaines mondiales, de se faire reconnaître à l’international. »
