Réginald de Guillebon - Faute de temps, nous n’avons pas pu participer aux rencontres de la Scelf. Du coup, nous avons eu envie de venir à Bologne, pour la première fois. Nous sommes venus sentir les nouvelles tendances, repérer ce qui peut devenir un film ou un dessin animé, chercher des illustrateurs qui pourraient mettre en image nos projets, trouver des personnages forts dans d’autres pays qu’on pourrait adapter en France en dessin animé.
Marion Delord - Nous avons des idées plein nos tiroirs et nous cherchons des illustrateurs et des éditeurs pour les développer. L’exposition des illustrateurs, en particulier, est passionnante et nous avons noté les noms de ceux qui nous intéressent pour aller voir leurs sites. Il y a aussi de belles choses chez les éditeurs asiatiques.
R.de G. - Malgré notre goût pour l’art (notre groupe possède trois écoles d’art) et la réputation artistique des Armateurs à la suite des productions de Kirikou, des Triplettes de Belleville et d’Ernest et Célestine, pour une série télé, il faut trouver un compromis entre un dessin artistique et un dessin commercial. Toutes les illustrations ne sont pas transposables en animation.
R.de G. - Le livre est un gage de crédibilité et de confiance, c’est un premier filtre. Si on ne s’appuie pas sur une publication, les chaînes ne s’aventurent pas sur une création originale. Même si le travail d’adaptation s’éloigne parfois du livre, comme ce fut le cas pour Ernest et Célestine, elles demandent toujours s’il y a des ouvrages, comment ils se sont vendus, quel en est l’éditeur…
M. D. - Nous sommes aussi sensibles au fait qu’un éditeur défende un titre et dise : "J’y crois…"
R.de G. - Nous souhaiterions travailler davantage en amont avec les éditeurs. L’idéal est de s’impliquer dès l’origine et de développer ensemble le projet littéraire et audiovisuel comme nous le faisons actuellement pour Oniria avec Hachette Romans. Nous avons travaillé avec l’auteur, puis Cécile Terouanne l’a édité. Curtis Brown en a vendu les droits dans quatre pays. Il faut installer le succès littéraire avant d’en faire un film de grande envergure. Des films comme Harry Potter, Divergente, Hunger games, Le labyrinthe n’auraient pas pu exister sans les bons scores des livres. Nous avons la même ambition pour Oniria.
M. D. - Ce sont surtout des temps différents. Un film d’animation réunit une équipe de cent personnes pendant cinq ans. Il faut que le projet tienne le choc pendant toutes ces années, que la passion et l’enthousiasme restent intacts.
R.de G. - C’est même un vrai pari sur l’avenir : on espère que le public sera toujours là dans cinq ans.
* Réginald de Guillebon est président de la holding Hildegarde, propriétaire des Armateurs, et Marion Delord sa directrice.
