Livres Hebdo - Quel va être l’impact de la nouvelle politique gouvernementale française en faveur de l’open access sur votre activité d’éditeur de revues scientifiques ? Allez-vous développer de nouveaux modèles ?
Stéphanie Van Duin - Le modèle abonné-payeur va probablement demeurer celui qui nous sera le plus fréquemment demandé par nos clients. Mais si la demande pour d’autres modèles se confirme, nous sommes en mesure d’y répondre. Les auteurs peuvent déjà publier dans 32 revues d’Elsevier basées sur le modèle open access « doré » et nous sommes en passe de doubler ce nombre. 1 500 de nos titres disposent d’options pour l’open access et 81 de nos revues proposent leurs archives en open access après un délai de plusieurs mois. Par ailleurs, Elsevier pratique une politique très souple envers ses auteurs, qui peuvent déposer la version validée de leurs articles dans des réservoirs institutionnels ou la publier sur leur propre site Internet.
Les éditeurs en sciences humaines expriment leurs inquiétudes, sutout sur les durées d’embargo. Partagez-vous ces craintes ?
Oui, nous les partageons. L’un des moyens de rendre l’information scientifique disponible gratuitement auprès du public est l’open access « doré » dans lequel l’auteur, ou son institution, paie des frais de publication. L’open access « vert » peut être une bonne option à partir du moment où la durée d’embargo est soutenable et à condition que ce modèle ne sape pas le modèle de l’abonnement payant. Il faut bien voir que la voie « verte » n’est pas un modèle économique : elle ne génère pas de revenus. Elle ne peut donc pas exister par elle-même et ne peut fonctionner que si les frais de publication sont couverts par un modèle économique. La durée d’embargo unique pour tous que prévoit l’Union européenne ne sera pas tenable. Les éditeurs doivent pouvoir bénéficier d’une certaine flexibilité pour déterminer la période d’embargo titre par titre. Des discussions sur cette question doivent être engagées avec toutes les parties prenantes.
Le mouvement en faveur de l’open access est né en réaction à l’augmentation du coût des revues électroniques que pratiquent quelques grands groupes dont le vôtre. Qu’avez-vous à répondre aux BU qui se disent écrasées par des prix jugés excessifs ?
Nous sommes conscients des contraintes budgétaires auxquelles les bibliothèques universitaires doivent faire face et nous travaillons avec elles pour trouver des solutions adaptées à leurs besoins et à leur budget. Mais concernant nos tarifs, il est important d’avoir à l’esprit que le coût moyen par article pratiqué par Elsevier est inférieur à celui pratiqué dans le reste de l’industrie de l’information professionnelle. L’augmentation des coûts d’abonnement est la conséquence directe de l’accroissement de la production scientifique. Cela veut dire qu’un nombre croissant d’articles entrent dans le processus de publication, et cela coûte de l’argent. Au cours des dix dernières années, l’augmentation des prix chez Elsevier a été inférieure de 40 % à celle de l’industrie de l’information professionnelle. <