La foire de Londres quelque peu asséchée par les "pré-empts" | Livres Hebdo

Par Anne-Laure Walter, à Londres, le 15.03.2017 à 17h19 (mis à jour le 15.03.2017 à 18h00) Ventes de droits

La foire de Londres quelque peu asséchée par les "pré-empts"

L'Olympia Hall accueille la Foire du livre de Londres, du 14 au 16 mars. La manifestation professionnelle met à l'honneur la Pologne. - Photo ANNE-LAURE WALTER / LH

Avec un mois d'avance par rapport à ses dates habituelles, la foire du livre de Londres a connu une édition plus concentrée, avec un afflux de manuscrits dans les 15 jours la précédant et une multiplication des achats de droits en amont, avant même les enchères.

Pour des raisons de calendrier de vacances de Pâques en Grande-Bretagne, la foire professionnelle du livre de Londres se tenait cette année du 14 au 16 mars, soit un mois plus tôt que d'habitude. Un changement de date exceptionnel –l'an prochain, la foire se tiendra du 10 au 12 avril 2018– qui a quelque peu bouleversé les échanges commerciaux. Cinq mois à peine après la clôture de la foire de Francfort, les éditeurs et agents se retrouvaient donc à Londres, mais beaucoup n'avaient pas encore eu le temps de trier les nouveaux projets.

Béatrice Duval, la directrice de Denoël, déplore la précipitation dans laquelle cette édition s'est organisée. "Il y a 15 jours, nous nous sommes retrouvés submergés de manuscrits et soit vous les préemptiez rapidement, soit vous vous retrouviez à la foire avec les restes mal réchauffés de Francfort!". Florence Lottin chez Pygmalion confirme ce flot de textes arrivé au dernier moment. "Le temps de les lire et ils étaient déjà préemptés, note-t-elle. Et quand un titre qui a circulé avant la foire n'a pas trouvé acquéreur, vous restez méfiants et n'avez pas envie de le prendre!"

En effet, échaudés par des enchères artificiellement gonflées par les foires, les éditeurs privilégient depuis quelques années les "pre-empts". Ils proposent pour acquérir les droits d'un texte un prix un peu supérieur à celui qu'ils auraient fait en offre simple, mais inférieur selon eux au prix auquel pourrait grimper le livre en cas d'enchères. "C'est un système intéressant pour le partenaire étranger, car il arrive à la foire en disant qu'il a déjà deux pre-empts, par exemple en France et en Allemagne. Ainsi, il suscite l'intérêt des autres éditeurs", raconte Béatrice Duval qui a préempté auprès de Pontas, juste avant la foire, The Beauty House (Le salon de beauté) de la Colombienne Melba Escobar. Sabrina Arab constate aussi cette multiplication des pre-empts en amont des foires qui permettent d'éviter l'envol des prix. Pour HarperCollins France, dont elle est la directrice éditoriale, elle a préempté un thriller psychologique "ambiance Orange is the new black": The Captive.

Des pre-empts pour des romans français à paraître

"En polar, le plus gros titre de la foire, Mine de Susi Fox, avait déjà été préempté par Fleuve", note Caroline Lamoulie, éditrice polar pour Flammarion. Sa proposition de pre-empt pour Hot Mess de Lucy Vine, titre qu'elle avait découvert grâce à un article dans Livres Hebdo, a été acceptée le jour de l'ouverture de la foire. "Cette édition est très active, il y a du business mais tout en pre-empts. Et surtout la nouveauté c'est qu'avant seuls les Européens faisaient des pre-empts pour les Anglo-Saxons, mais aujourd'hui l'inverse est aussi vrai", pointe Philippe Robinet, directeur général de Calmann-Levy et Kero. "Et avant même la parution, ce qui est encore plus neuf" ajoute sa responsable des droits Patricia Roussel, qui a déjà cédé à la maison Rizzoli Calais mon amour, à paraître le 3 mai chez Kero.

Autre titre français que les scouts faisaient beaucoup circuler, La tresse, le premier roman de la réalisatrice et scénariste Laetitia Colombani, à paraître chez Grasset le 10 mai. Heidi Warneke, la directrice des droits de Grasset, a envoyé le manuscrit mardi 7 mars et depuis huit éditeurs allemands sont en enchères mais aussi des Italiens, Espagnols, Néerlandais et Israéliens.

Des discussions plus sereines

Tendance qui se dessine depuis plusieurs années, les achats se font dans la semaine qui précède la foire. Sylvie Delassus, éditrice chez Stock, abordait sereinement cette édition puisqu'elle venait de remporter aux enchères le très prisé The secret life of cows (La vie secrète des vaches) de Rosamund Young, vendu dans huit territoires. Nathalie Zberro, en charge de la littérature étrangère chez Rivages, savourait l'annonce, juste avant de prendre le train pour Londres, de l'acquisition aux enchères du premier roman américain d'Andrew Ridker, The Altruists, avec l'appui de 10/18 qui l'éditera en poche. Ce jeune auteur de 25 ans est, selon l'éditrice, un mélange de Philipp Roth et de Jonathan Franzen. Tandis que la P-DG de Fayard, Sophie de Closets, annonçait en ouverture de la foire l'acquisition, avec le Livre de poche, des livres de Barack et Michelle Obama.

Débarrassés du stress des enchères sur la foire, les éditeurs peuvent donc se retrouver et discuter plus sereinement. Les allées de l'Olympia hall étaient encore particulièrement fréquentées, le stand commun français tenu par le Bureau international de l'édition française (Bief) enregistrait le même nombre d'exposants avec 70 bureaux. Et les discussions étaient surtout politiques: l'élection présidentielle en France, le déclenchement du processus de Brexit le jour de l'ouverture de la foire, l'indépendance possible des Ecossais, les élections aux Pays-Bas, Donald Trump… Autant de sujets qui trouveront un écho dans les livres à paraître ces prochains mois.
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