“Taking Tamil to the World, Bringing the World to Tamil.” Avec ce slogan, les institutions publiques organisatrices de la Chennai International Book Fair (CIBF) qui s'est tenue du 16 au 18 janvier, affichent leur ambition : promouvoir les échanges littéraires entre le tamoul et le reste du monde. En pleine célébration de Pongal, fête hindoue des moissons, la récolte a été bonne : 120 fellows ont fait le déplacement, partiellement ou totalement aux frais de la CIBF, depuis 102 pays (contre 24 en 2023). Ils n’ont payé ni l’entrée, ni leur table au centre de droits, ni leur participation aux conférences.
« Ce sont autant de nouvelles possibilités de développement pour les éditeurs tamouls », confirme Kannan Sundaram, directeur de Kalachuvadu Publication, ravi d’y rencontrer des éditeurs d’Ukraine, de Papouasie ou d’Afrique (largement représentée) qui ne se déplacent pas à Francfort.
Une délégation française
Trois professionnelles françaises ont pu bénéficier des largesses du Tamil Nadu cette année : Isabelle Jaitly des éditions Desjonquères, Léticia Ibanez qui a notamment traduit du tamoul vers le français Femme pour moitié de Perumal Murugan (Gallimard, 2025), et l’éditrice Emmanuelle Collas qui effectuait son deuxième voyage en Inde en un an, pour acheter et vendre : « C’est extraordinaire, en trois jours à Chennai, tu peux faire le tour du monde ! ». Alors qu’une délégation française emmenée par l’Institut Français en Inde était de passage dans le cadre du symposium itinérant « The Future of Books », le Consul général de France sur place, Etienne Rolland-Piègue, s’est exprimé à l’inauguration aux côtés d’officiels locaux.
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Alors que des élections législatives sont attendues au Tamil Nadu au printemps, la CIBF a pris des airs de campagne, plaçant la traduction au cœur des préoccupations politiques. Dans son discours inaugural, le ministre de l’Éducation, Anbil Mahesh Poyyamozhi, a affirmé sa fierté de voir les auteurs tamouls rayonner à l’international : « Sur les 200 auteurs indiens traduits ces dernières années dans une cinquantaine de langues, 90 sont du Tamil Nadu ». Le ministre en chef M. K. Stalin, homme fort du parti régional DMK, coalition de gauche peu alignée avec le pouvoir fédéral, a quant à lui participé à la cérémonie de clôture pour y présenter 84 ouvrages tamouls traduits dans le cadre du généreux programme de subventions du gouvernement du Tamil Nadu à destination des éditeurs qui seraient intéressés par une traduction. Chaque fellow était d’ailleurs accompagné d’un « ange gardien » qui, s’il incarnait l’hospitalité tamoule, veillait aussi à ce que toute marque d’intérêt pour un livre soit recensée : 1830 ont été signées par des éditeurs tamouls et leurs homologues internationaux, contre 1354 en 2025.
Janvier, pleine saison des festivals
Alors que les autorités locales se targuent que le PIB du Tamil Nadu a dépassé celui du Pakistan en 2025, elles veulent aussi miser sur la qualité de la production littéraire en tamoul, l’une des langues les plus anciennes au monde. Pour M. K. Stalin, « le Tamil Nadu n'est pas seulement une destination privilégiée pour les investissements industriels, c’est aussi un État de premier plan pour le partage des connaissances ».
En effet, non loin de la CIBF, la Booksellers and Publishers Association of South India organisait du 8 au 21 janvier la 49ème édition de la Chennai Book Fair, foire commerciale où 2 millions de personnes ont acheté 5 millions de livres, essentiellement en tamoul et en malayalam, parlé dans le Kerala voisin.
Et à quelques encablures de là, la 13ème édition du festival The Hindu Lit for Life a réuni les 17 et 18 janvier plus de 100 auteurs indiens et internationaux, dont Neige Sinno. Quand on interroge cette effervescence littéraire, les tamouls répondent simplement que janvier est le seul mois de l’année où la météo est clémente !
