journée professionnelle

Formula Bula : que peuvent les bibliothèques publiques pour la BD indépendante ?

De gauche à droite : Benjamin Roure, Frédéric Hojlo, Soizic Cadio, Serge Ewenczyk et Martin Panchaud - Photo DR

Formula Bula : que peuvent les bibliothèques publiques pour la BD indépendante ?

Le festival de BD Formula Bula, dont Livres Hebdo est partenaire, a débuté à Paris ce vendredi 22 septembre par la table ronde « La bibliodiversité est un sport de combat », dédiée à la question du rôle des bibliothèques dans la découverte et la diffusion de l'édition indépendante, notamment celle de la bande dessinée.

J’achète l’article 1.5 €

Par Adriano Tiniscopa
Créé le 22.09.2023 à 15h21 ,
Mis à jour le 25.09.2023 à 16h53

La 11e édition du Formula Bula s'est ouverte à Césure, dans l'ancien campus de Sorbonne-Nouvelle Censier (Paris, 5e arr.), avec « La bibliodiversité est un sport de combat » comme première rencontre de la matinée professionnelle organisée en partenariat avec Livres Hebdo et avec le soutien des bibliothèques de la Ville de Paris et de Bibliothèques 93. Animée par Benjamin Roure, journaliste à Livres Hebdo, la table ronde a porté sur les interactions bénéfiques entre bibliothèques publiques et éditeurs de BD indépendants et/ou alternatifs mais aussi sur leurs limites.

Près de 70 personnes sont venues assister à ce premier échange professionnel qui a rassemblé Serge Ewenczyk, éditeur chez Çà et Là, l'auteur suisse Martin Panchaud, Fauve d'or au festival d'Angoulême 2023 pour La Couleur des choses (Çà et Là), Frédéric Hojlo, journaliste et auteur de Second souffle, bande dessinée alternative 2000-2020 (Flblb, 2023) et Soizic Cadio, conservatrice des bibliothèques à la BPI du Centre Pompidou. Tous sont tombés d'accord sur le rôle primordial des bibliothèques dans la diffusion de la production de la BD indépendante. Mais un premier écueil est venu : dans les faits, il est difficile de trouver des titres de petites maisons d'édition dans les fonds des près de 8 100 bibliothèques en France.

Un fonds d'ouvrages alternatifs à la bibliothèque Hélène Berr (Paris)

Développant cette idée, Soizic Cadio rappelle que l'ADN de la loi Robert de 2021 est justement la pluralité culturelle et la diversité des collections au sein des bibliothèques. « C'est le cœur-même de notre métiers », a-t-elle insisté. « Est-ce que des envois aux bibliothèques existent ? », demande Benjamin Roure.  « Non, nous passons par la revue Bibliotheca et Livres Hebdo », répond Serge Ewenczyk. Ajoutant que les coûts de services de presse individualisés, établissement par établissement, ne seraient pas supportables financièrement.

Pour diffuser des ouvrages plus confidentiels, il faut les connaître. C'est le rôle des collectifs de veille du réseau des bibliothèques de Paris. A la bibliothèque parisienne Hélène Berr (12e arr.), le fonds « Inattendus » est composé de 650 ouvrages d'éditeurs indépendants, de la jeunesse à la littérature adulte en passant par la musique (avec des vinyles). Cette initiative isolée ne reflète cependant pas l'ambition générale des tutelles (État et collectivités territoriales) qui est plutôt « de coller à la demande que de proposer une offre audacieuse », avance Soizic Cadio, autrice d'un mémoire de recherche sur la bibliodiversité dans les établissements de lecture publique.

Un travail de reconnaissance pour ne pas rester marginalisé

La BD a longtemps été déconsidérée avant de trouver sa 9e place parmi les arts. En France, il s'en publie désormais 6 000 par an, selon les chiffres de Serge Ewenczyk. « Le combat de la BD alternative est graphique, narratif, éthique et politique. C'est-à-dire qu'il faut éditer sans se rendre dépendants des grosses structures et s'éloigner du calibrage industriel », énonce Frédéric Hojlo, l'auteur de Second souffle, bande dessinée alternative 2000-2020 (Flblb, 2023). Le journaliste dépeint une nouvelle génération d'auteurs et d'éditeurs de BD, celle du « second souffle », qui a la volonté de se démarquer des éditeurs commerciaux et de transgresser les frontières artistiques. Il préfère le terme « alternatif » à « indépendant », car les éditeurs indépendants « sont tous dépendants de quelque chose, d'activités complémentaires, du RSA, de subventions publiques... L'idée c'est plutôt de dire qu'ils n'appartiennent pas à un gros groupe de l'industrie culturelle. »

Ces éditeurs dits alternatifs, pour qui « le potentiel commercial n'est pas un critère », ajoute Serge Ewenczyk, se regroupent pour être plus forts. Une cinquantaine d'entre eux ont ainsi constitué le Syndicat des éditeurs alternatifs (SEA) qui sert de plateforme « d'échanges entre anciennes et nouvelles maisons d'édition », précise l'éditeur chez Ça et Là.

Le prix Prima Bula remis à l'auteur belge Thierry Van Hasselt

Les dernières
actualités