Fayard : le choix des Sophie | Livres Hebdo

Par Souen Léger, le 28.11.2014 (mis à jour le 28.11.2014 à 11h17) Entretien

Fayard : le choix des Sophie

Sophie de Closets (à gauche) et Sophie Charnavel. - Photo PHOTO OLIVIER DION

Aux manettes de Fayard depuis janvier 2014, Sophie de Closets, P-DG, et Sophie Charnavel, directrice éditoriale, puisent dans l’histoire et les traditions de cette maison vieille de 150 ans pour fixer le cap. Avec une équipe en partie renouvelée et une production resserrée, elles bâtissent un catalogue résolument généraliste, alliant non-fiction et littérature grand public.

Sophie de Closets - Quand Arnaud Nourry m’a proposé de diriger Fayard, je me suis tout de suite dit que je voulais m’appuyer sur deux piliers : Jérôme Laissus, précieux directeur général pour l’administration et les finances dont la connaissance intime de la maison m’était indispensable, et Sophie Charnavel à l’éditorial. Je l’ai quasiment appelée le jour même. J’étais convaincue que c’était une des meilleures éditrices de sa génération et qu’elle avait vocation à élargir son domaine d’intervention et d’édition. Je savais qu’on serait à la fois complémentaires et d’accord sur l’essentiel.

Sophie Charnavel - Ce qui fait l’image d’une maison, c’est avant tout les livres de son catalogue. Nous appartenons toutes deux à une génération qui n’a pas connu ce que certains considèrent comme l’âge d’or de l’édition donc nous n’avons pas peur de ce qui est en train de se passer. C’est ce qui explique que nous sommes dans une dynamique éditoriale offensive plutôt que dans une position de repli.

Sophie de Closets - Aujourd’hui, il est indéniable qu’on compte plus de femmes que d’hommes dans l’équipe de Fayard. Mais il ne faut pas se voiler la face, cette féminisation est aussi le signe d’une prolétarisation du milieu. Quand il s’agit d’être payé au salaire moyen de l’édition avec un bac + 12 en poche et 90 heures de travail par semaine, les hommes l’acceptent moins volontiers. Et c’est aussi là que se joue la bataille pour faire en sorte que l’édition soit un secteur attractif pour tous. Par ailleurs, on a sans doute mis du temps à se rendre compte que les compétences des femmes pour des postes de direction générale étaient équivalentes à celles des hommes. Et en la matière, Hachette est précurseur…

Sophie de Closets - Notre souhait est de redéployer la maison généraliste que Fayard a été, notamment en renforçant la littérature grand public, française et étrangère, qui a été un secteur très fort il y a vingt ans et qui l’est peut-être moins depuis quelques années. En histoire, qui est l’un des domaines phares de notre catalogue, nous continuons à publier des biographies historiques classiques et rigoureuses tout en adaptant le genre au goût du grand public, par exemple avec la collection de bandes dessinées historiques "Ils ont fait l’histoire", lancée avec Glénat.

Sophie Charnavel - Nous voulons faire prospérer les forces de la maison tout en ajoutant ce qui fait notre époque. Ce panachage s’illustre par notre duo, Sophie appartenant déjà à l’histoire de la maison et moi venant de l’extérieur ; par notre équipe éditoriale, constituée à la fois de piliers de Fayard, comme Sophie Hogg ou Sandrine Palussière, et de nouveaux venus, telles Stéphanie Polack et Noëlle Meimaroglou ; et par nos publications de l’automne avec des auteurs emblématiques comme Jacques Attali, et d’autres nouveaux à l’image de Michel Denisot ou Cécile Dufflot.

Fayard en 2014

40 salariés

24-25 millions d’euros de chiffre d’affaires (dont 6 % proviennent des ebooks)

240 nouveautés grand format et poche (soit une baisse de 20 % par rapport à 2013)

1 livre sur 5 vendu en ligne

Sophie de Closets - Fayard est une maison de littérature générale pour tout public. Nous voulons faire revivre des traditions, notamment en opérant un léger rééquilibrage entre fiction et non-fiction. Le clavier est large, nous n’avons pas qu’une seule octave ! C’est amusant de publier un récit en vers, Le chemin des forçats de Soljénitsyne, dont Fayard gère les droits internationaux grâce à Claude Durand, et en même temps d’acheter les droits pour un roman graphique américain sur la vie de Steve Jobs.

Sophie Charnavel - Par ailleurs, nous souhaitons poursuivre la valorisation de la non-fiction avec des documents politiques, des essais, des livres de témoignages et d’investigation, mais aussi toute la partie musique et sciences humaines qui constitue une dimension fondamentale de notre catalogue. Notre volonté n’est pas uniquement commerciale : nous tenons à publier des livres qui vont faire l’actualité intellectuelle, s’installer dans la durée et constituer le fonds de demain.

Sophie de Closets - Nous avons à la fois la puissance d’une grande maison adossée à Hachette et la réactivité d’une start-up.

Sophie Charnavel - Nous misons sur la souplesse et l’efficacité. Mon travail est de pousser les éditeurs à exprimer leur vision éditoriale. Ensuite, la décision se prend dans le secret du bureau de Sophie. Mais très vite, ils ont un retour de notre part, ce qui permet d’éviter toute perte de temps ou d’énergie.

Vous avez opté pour une réduction de la production. Pourquoi ce choix ?

Sophie de Closets - Nous visons en effet environ 220 nouveautés en 2015, contre 240 cette année. Parce qu’il est évident que nous ne pouvons pas affronter un marché plus contraignant, faire du sur-mesure, comme nous le souhaitons, pour optimiser la rencontre d’un public et d’un auteur, prétendre être une maison d’édition "haute couture", si nous avons un trop grand nombre de nouveautés. Vis-à-vis de nos auteurs, nous avons une obligation de moyens.

Sophie Charnavel - Il ne faut pas avoir peur du vide ! Mais cela nous permet de ne rien laisser au hasard, ni dans le choix des livres, ni dans leurs chances de réussite.

Sophie de Closets - Internet est un nouveau terrain de jeu en amont pour dénicher des auteurs talentueux, par exemple. Il faut assurer une veille, être extrêmement réactif. En aval, c’est un outil de promotion. Nous avons par exemple ouvert des comptes Facebook et Twitter qui sont pris en charge par le service de presse et le service commercial. Il faut aussi rappeler qu’un livre sur cinq se vend en ligne, en numérique ou en papier.

Sophie de Closets - Aujourd’hui, envoyer nos auteurs dans les librairies de province, avec des médias sur mesure, a plus d’impact que le Salon du livre.

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