« Cela fait 50 ans qu’il existe une librairie à cet endroit-là », explique Annaïck Le Menestrel. Libraire durant sept ans chez Voyage au bout des livres à Briançon, la jeune femme qui a grandi entre Barcelone et Paris, prend aujourd’hui les rênes de la librairie Charabia, à Embrun (Hautes-Alpes), reprise 14 ans plus tôt par Aurélien Peyré et Jessica Bouillant.
Fermée un temps pour rénovation, l’enseigne désormais baptisée Les Adventices, en référence à ces herbes intempestives qui se frayent un chemin entre les interstices, rouvrira ses portes au public le 20 octobre, dévoilant une nouvelle identité visuelle et éditoriale.
La librairie Charabia deviendra la librairie Les Adventices le 20 octobre prochain.- Photo LIBRAIRIE LES ADVENTICESPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
« Après avoir travaillé sept ans à la librairie de Briançon, dont cinq ans à temps plein, deux choix s’offraient à moi : m’associer au gérant, un montage financier complexe et finalement peu avantageux pour nous deux, ou explorer et évoluer dans ce métier autrement », raconte Annaïck Le Menestrel.
Renouveler l'identité physique et visuelle
Au même moment, la libraire apprend que la librairie Charabia (anciennement Paysage, située à une quarantaine de kilomètres de la ville de Briançon, est en vente et cherche un repreneur. D’abord jugé « financièrement inaccessible », le projet prend finalement forme lorsque la jeune libraire décide de se lancer et de solliciter l’Agence régionale du livre ainsi que le Centre national du livre (CNL) pour les associer à sa démarche.
« Les deux instances [CNL et le réseau Initiatives Hautes-Alpes] ont contribué à la négociation avec les cédants, ce qui a permis de rendre la reprise envisageable », explique-t-elle, évoquant les subventions obtenues ainsi que l’accompagnement soutenu de l’Adelc, également entrée au capital.
La prochaine étape concerne désormais les travaux de rénovation qu’Annaïck Le Menestrel entend réaliser avec l’aide de son compagnon, charpentier et menuisier de métier et avec qui elle a déjà « retapé plusieurs maisons ». Refonte des cloisons, pose de parquet, nouvel aménagement… Autant de manœuvres destinées à transformer l’identité visuelle de cet établissement doté de 100 m² et d’une devanture typique de la région.
« Je veux préserver le maintien d’une librairie indépendante »
« Je veux préserver le maintien d’une librairie indépendante mais sans m’inscrire dans la continuité de l’enseigne précédente », résume la nouvelle dirigeante des lieux, précisant que ce nouvel élan n’épargnera pas non plus les étagères, destinées à accueillir jusqu’à 6 000 références. Pour cela, la libraire entend développer les rayons de littérature, de bande dessinée, mais aussi créer un rayon de sciences humaines et sociales.
Annaïck Le Menestrel souhaite également mettre en avant la littérature hispanophone qu’elle affectionne particulièrement, développer un espace « nature et sauvage » dédié aux amateurs de randonnée, de faune et de flore, ou encore renforcer le rayon jeunesse, notamment en ciblant les jeunes lectrices, happées par la romance.
« C’est un peu un défi pour moi parce que ce n’est pas vraiment ce que je lis, mais j’ai conscience que c’est important, notamment pour les jeunes lectrices. Ce serait dommage de ne pas les prendre en compte, alors j’ai entamé un gros travail de fond pour pouvoir a minima proposer une cinquantaine de références en accord avec les valeurs que je défends sur le rayon sciences humaines et sociales », confie-t-elle.
Enfin, la nouvelle libraire entend « ramener du vivant » dans le lieu grâce à une programmation de rencontres. Le coup d’envoi sera donné début novembre avec l’autrice Laurine Roux, originaire de la région et lauréate du prix des Libraires 2026 pour Trois fois la colère (éditions du Sonneur). Elle sera suivie, un peu plus tard, par Éric Salvodelli, auteur du roman graphique Mona (Les Étages éditions).

