Du gel hydroalcoolique et du houblon pour la Foire du livre de Bruxelles | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, à Bruxelles, le 05.03.2020 à 15h33 (mis à jour le 17.03.2020 à 14h11) Coronavirus

Du gel hydroalcoolique et du houblon pour la Foire du livre de Bruxelles

La Foire du livre de Bruxelles le 5 mars 2020 - Photo VINCY THOMAS

Pour sa dernière Foire du livre de Bruxelles, le commissaire général Grégory Laurent doit affronter les risques du coronavirus, tant pour la santé des visiteurs et des participants que pour les dommages financiers éventuels causés aux exposants.

C’est la seule foire qui a sa propre bière (à quatre euros). La Foire du livre de Bruxelles a ouvert ses portes ce matin au public, avec le Maroc en invité d’honneur.
 
Une petite gorgée de bière... - Photo VINCY THOMAS
L’inquiétude est palpable, quand on voit des mains équipées de gants bleus jetables. Personne ne serre les mains – et quand c'est le cas, on vous jette un regard suspicieux – et personne ne se fait la bise. On voit aussi quelques masques, mais c'est plutôt la bonne humeur qui domine. La foire est la seule qui a résisté au coronavirus, épidémie qui propage aussi de nombreuses annulations d’événements.
 
Grégory Laurent, commissaire général de la manifestation, a dû changer les priorités dans son agenda. L’événement peut, à l’instar du Salon de l’agriculture le week-end dernier à Paris, s’interrompre à tout moment sur injonction gouvernementale. En lien permanent avec les hôpitaux et la sécurité intérieure, il sait qu’il finira son mandat sur une édition particulière. Il est devenu expert en coronavirus et en protocoles de santé.
 
Pour prévenir plutôt que de guérir, il avait imaginé plusieurs possibilités : le report plutôt que l’annulation en cas de mesures de confinement, la pédagogie et la communication pour rassurer les visiteurs. Lors d’une cellule de crise la semaine dernière, des mesures spécifiques ont été prises : mise à disposition de gels hydroalcooliques, désinfections régulières de tout ce que peut toucher le public (poignées de porte, micros des émissions de radio…) et présence de médecins sur place. Demain matin, la Croix-Rouge fera pour les visiteurs une séance d'information sur le coronavirus.
 
Le risque zéro n’existe pas. Nous sommes responsables comme le sont tous les visiteurs. Grégory Laurent

La foire a dû subir au total une quarantaine d’annulations d’auteur. Parmi les 150 invités de la manifestation, Grégory Laurent en dénombre une petite dizaine. « Il y a ceux qui ont peur de rester en Belgique si des mesures de confinement étaient prises », explique-t-il, conscient que la crainte d'être coincé à Bruxelles est plus grande que celle d'être dans un lieu de rassemblement. « Le risque zéro n’existe pas. Nous sommes responsables comme le sont tous les visiteurs. Mais après tout, les trains, les métros, les avions ne sont pas rangés », ajoute Grégory Laurent.
 
Du gel hydroalcoolique coexiste avec les brochures et les livres sur les stands de la Foire de Bruxelles - Photo VINCY THOMAS
Exposants exposés (financièrement)

Pour lui, le problème est aussi économique. Aucune assurance n’a voulu prendre de risques, une fois le virus déclaré en Europe. Il aurait fallu estimer le risque d'annulation quand il était circonscrit à la Chine, mais à l'époque, en janvier, aucun organisme de santé n'imaginait une épidémie mondialisée.

En cas de fermeture avancée, la foire devra faire face à quelques pertes : la fréquentation d’une part, les finances d’autre part. « Ce sont les exposants qui restent le plus exposés », prévient le commissaire général. « Avec la gratuité de l’entrée installée depuis 2016, nous sommes devenus plus rentables et notre chiffre d’affaires a grimpé, car nous avons pu attirer davantage d’exposants, intéressés par un public en hausse. Les ventes ont augmenté de 20 à 25% alors qu’il y avait plus d’éditeurs présents. Le panier moyen par visiteur est de 75 à 150 euros », détaille-t-il.
 
Chaque jour d’ouverture est un jour gagné. Il sera temps, éventuellement, de réfléchir à la manière de compenser les éditeurs si la foire s’interrompt. Les organisateurs ont ainsi les yeux rivés sur une éventuelle décision gouvernementale (pour le moment il y a 50 cas de coronavirus diagnostiqués mais aucun mort en Belgique). Ils se rassurent aussi en constatant que le salon Batibouw, le salon de bâtiment qui doit lui aussi s’achever ce week-end et qui attire 700000 visiteurs sur deux semaines (soit dix fois plus que la Foire du livre de Bruxelles), est toujours ouvert.
 
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