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Des conteurs d'histoires dans une favela de Rio de Janeiro

Conteur d'histoire à Rio de Janeiro

Des conteurs d'histoires dans une favela de Rio de Janeiro

Pour encourager la lecture, des dizaines de conteurs d'histoires ont fait du porte-à-porte dans la favela de Babilonia, à Rio de Janeiro, parallèlement à la Foire littéraire des périphéries.

Par Vincy Thomas
avec afp Créé le 12.11.2015 à 16h53

Ils ont envahi une favela de Rio, mais ce n'était ni la police, ni les trafiquants de drogue, ni même les touristes : des dizaines de conteurs d'histoires ont fait du porte-à-porte pour remettre des livres aux habitants. Cette opération s'est tenue en parallèle d'une foire littéraire qui agit pour encourager la lecture dans un territoire où elle est loin d'être une habitude.

Car ce n'est pas seulement dans cette favela qu'on ne lit pas mais dans tout le Brésil, où l'on recense 13 millions d’illettrés, soit 8% de la population. Selon un sondage de l'institut Ibope de 2011, seulement 28% des Brésiliens lisent la presse ou des livres. 68% des personnes interrogées n’ont d'ailleurs jamais vu leur père lire un livre et 63% leur mère.

Photo FFLUP
L'action de la Foire littéraire des périphéries

Ana Livia Farias, 11 ans, qui habite la favela Babilonia sur les hauteurs de Copacabana, fait partie de la majorité. "Je ne sais pas, je n'aime pas lire. Je préfère regarder la télé", confie-t-elle à l'AFP.
 
Mais en passant devant plusieurs caisses de bois remplies de livres, elle ne résiste pas à la tentation d'y jeter un œil. Ils sont gratuits pour les habitants de Babilonia, qui accueille depuis quatre ans début novembre la Foire littéraire des périphéries (FLUPP).
 
Julia Sabina, 11 ans elle aussi, tient à la main Minha Querida Assombraçao (Ma chère maison hantée) de Reginaldo Prandi et O Beco de Sete Facadas (La ruelle des sept coups de couteau) de Carlos Mero.
 
"Un ami savait que je voulais les lire et me les a mis de côté. J'ai commencé le premier aujourd'hui. Je suis "accro" à la lecture, je dévore les livres", dit la fillette émue qui est une exception à la règle. Ana Livia repart aussi avec un livre : "Je vais le lire!", promet-elle.
 
Photo FFLUP
Une politique éditoriale proche des lecteurs

La FLUPP est organisée dans les favelas de Rio, dont certaines sont en processus de "pacification" depuis l'installation en 2008 d'une police de proximité. La proximité, c'est aussi l'axe éditorial de la Foire, qui encourage de nouveaux auteurs comme Raquel de Oliveira. Elle vient de publier un roman autobiographique sur ses trois ans en tant que femme d'un puissant "capo" du narcotrafic dans les années 1980, jusqu'à ce qu'il soit abattu par la police. "Il existe une littérature noire, féminine, gay qui surgit dans les banlieues et c'est important parce que cela apporte de nouvelles voix et renouvelle la littérature brésilienne comme un tout", explique Ecio Salles, l'un des fondateurs.

Bruno da Silva, conteur d'histoire
Faire éteindre la télévision
 
Mais dans la favela il y a aussi les conteurs. Bruno Silva de Fonseca, 21 ans, bénévole du groupe de conteurs d'histoires d'une université de Rio, grimpe un escalier de la favela pour aller chez Aurea Elis da Silva, 12 ans, qui vit ici depuis six mois avec sa famille venue du nord-est pauvre du Brésil.
 
La maison est située au fond d'une ruelle sombre et humide. En entrant dans la salle exiguë, Bruno est accueilli par la télévision qui braille. Ils l'éteignent, le bruit est remplacé par la lecture d'une poésie enfantine. Même le chien Floquinho (petit flocon) se tient tranquille, attentif au récit de Bruno.
 
Puis c'est au tour d'Aurea : "Lis d'abord à voix basse, calmement, et après petit à petit, démarre à voix haute", lui conseille le bénévole. "J'adore les rimes", dit Aurea. Les conteurs sont allés dans 450 maisons de la favela. Avant de partir de chez Aurea, Bruno lui fait cadeau du livre.
 
"Ce soir, je le lirai à ma sœur", promet la fillette, avouant toutefois préférer la télévision même si, de temps en temps, elle prend des livres à la petite bibliothèque de la communauté.

L'employée de maison Elisangela Nascimento, qui ne lit pas et arrive épuisée de ses journées de travail, affirme avoir toujours encouragé ses filles à lire. "Mais maintenant je vais lire avec elles, ça va être bon pour moi d'éteindre la télévision et passer du temps avec elles pour lire", dit-elle.

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