8 janvier > Essai France

La femme n’est plus considérée comme un moindre mâle. Mais tout n’est pas réglé pour autant. Qu’en est-il par exemple du corps, de l’intimité ? Au motif que cette dimension servait à justifier sa subordination les mouvements féministes ne sont-ils pas allés trop loin ? "Pourquoi, après n’avoir été que des corps, les femmes doivent-elles vivre aujourd’hui comme si elles n’en avaient pas ?" La question est claire et sans ambages, comme cet essai.

Camille Froidevaux-Metterie examine l’affaire en ferraillant avec celles qui ont voulu réduire le sujet féminin aux déterminismes biologique et social. Après un rappel historique de l’Antiquité au XIXe siècle, puis des féministes aux activistes LGBT, cette ancienne élève de Marcel Gauchet veut en finir avec le primat du phallus des psychanalystes et le formatage social des corps qui enferment les individus. Bref, de montrer les femmes comme des sujets incarnés et libres.

Professeure de science politique à l’université de Reims Champagne-Ardenne et membre de l’Institut universitaire de France, Camille Froidevaux-Metterie développe une approche audacieuse de la question des femmes, qui se situe à distance des études sur le genre, un mot qu’elle déconstruit d’ailleurs dans un chapitre.

Dans cette réflexion sur les mutations de la condition féminine, elle envisage le corps féminin hors de la domination masculine, dans l’expérience de revendication des droits individuels et d’incarnation d’une existence universelle. Le sujet féminin devient ainsi le modèle d’une nouvelle condition humaine qui articule vie sociale et vie intime, une condition où l’on empile les statuts dans un dédoublement des vies professionnelles et personnelles.

Cette "révolution anthropologique" n’esquive pas la question de la différence, mais la replace dans l’universalité des droits qui n’exclut pas la reconnaissance d’identité sexuée. Finalement, dans cette désexualisation du monde, la femme apparaît comme l’avenir de l’homme. Mais ça, le poète l’avait déjà dit… L. L.

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