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Budget 2018 : le livre à 0,2 %

La BNF contribue à la réduction des dépenses publiques, avec une baisse de ses crédits de fonctionnement de 2,8 %. - Photo photo olivier dion

Budget 2018 : le livre à 0,2 %

En cumulant les budgets dédiés de l’Education nationale et de la Culture, mais aussi les crédits des ministères de l’Enseignement supérieur et de l’Intérieur, on peut estimer l’action de l’Etat pour le livre et la lecture à 870 millions d’euros, soit 0,2 % du budget général prévu pour 2018.

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Par Hervé Hugueny
Créé le 27.10.2017 à 22h23

C’est une chance pour l’économie du livre que de ne pas dépendre du budget de l’Etat, certes considérable, mais toujours sous le risque de revirements en fonction des priorités et des contraintes de l’action publique. L’an prochain, l’édition scolaire, qui vit en partie au rythme des variations des crédits de l’Education nationale, subira durement les conséquences de la forte réduction des moyens consacrés à l’achat de manuels. Les librairies actives dans ce segment seront aussi concernées.

En revanche, la hausse des quelques postes concernant le livre dans le budget du ministère de la Culture présenté le 27 septembre par Françoise Nyssen aura peu d’effet sur les autres secteurs de l’édition : l’action de l’Etat relève surtout de la régulation, et non d’une intervention financière directe. Celle-ci est d’abord réservée au soutien à la lecture, avec un nouvel effort tout particulier vers les jeunes, conjointement avec le ministère de l’Education nationale, et vers l’accroissement du programme d’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques.

"Le goût de la lecture"

Dans le cadre du fort engagement en faveur de l’éducation artistique et culturelle, les diverses actions visant à "développer le goût de la lecture" vont bénéficier de "13,41 millions d’euros, soit une augmentation de 8,41 millions d’euros par rapport à 2017", souligne le "bleu" budgétaire, document détaillant les crédits concernés. Une partie correspond à un redéploiement de fonds employés auparavant ailleurs, dans des proportions non précisées. Sa mise en œuvre passera par le développement des contrats territoire lecture (CTL, à 3 millions d’euros), par "l’amplification de dispositifs favorisant la découverte du livre" que sont les opérations Premières pages (dons de livre à la naissance d’un enfant) ou Un livre à soi (prêt de petites bibliothèques à des familles défavorisées), et par le "renforcement des actions autour de la pratique de la lecture" à l’école. Le réseau des bibliothèques et médiathèques municipales sera mobilisé.

Un Pass culture à 104 millions d’euros

Initiée par le précédent gouvernement, l’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques se fera à budget constant, sur les fonds de la dotation générale de décentralisation. Inchangés à 80,4 millions d’euros depuis 2008 (soit une baisse d’environ 11 % en euros constants), les crédits viennent du ministère de l’Intérieur, mais la Culture en supervise l’attribution. Ainsi la volonté politique clairement affirmée, cette fois, avec la mission confiée à Erik Orsenna, complétée d’un rapport commandé à l’Inspection générale des affaires culturelles, et le grand débat national prévu au printemps prochain devraient préserver l’intégralité de ce crédit. L’an dernier, 9,1 millions d’euros avaient été gelés.

Le Pass culture est une mesure réellement nouvelle, annoncée par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle. Réservé aux jeunes de 18 ans, ce pass leur permettra de payer des entrées dans les musées, festivals, concerts, d’acheter des places de cinéma, ou encore des livres. Sa mise en œuvre démarre avec un budget modeste, de 5 millions d’euros, qui servira d’abord à réaliser la plateforme numérique nécessaire à son déploiement. "Ce dispositif fera l’objet d’une montée en charge progressive pour atteindre 104 M€ de financement par l’Etat en fin de quinquennat, montant qui sera complété à titre majoritaire par des financements privés (diffuseurs, plateformes internet, etc.)", précise le document budgétaire.

L’essentiel du budget "livre" du ministère de la Culture reste absorbé par la Bibliothèque nationale de France (BNF) et la Bibliothèque publique d’information (BPI). La première contribue à la réduction des dépenses publiques, avec une baisse de ses crédits de fonctionnement de 2,8 % (- 5,7 millions d’euros, à 204,36 millions d’euros). Elle pourra en limiter les effets en utilisant une partie de sa réserve de précaution, et en mobilisant "des crédits historiquement sous-consommés". Le budget de la BPI augmente, lui, de 1 million d’euros, à 10,6 millions d’euros, pour financer le début de ses travaux de rénovation.

L’intervention la plus directe du budget de la Culture dans l’économie des entreprises et des organisations du livre reste stable, à 19,3 millions d’euros. Le financement du droit de prêt en bibliothèque (reversé aux auteurs et éditeurs) en représente la part la plus importante, à 9,4 millions d’euros (+ 100 000 euros), devant les subventions à divers organismes, dont la Centrale de l’édition et le Syndicat de la librairie française, pour 6,9 millions d’euros (+ 100 000 euros, détail non précisé). Les directions régionales des affaires culturelles (Drac) disposent de 3 millions d’euros pour le livre, à destination de librairies, de maisons d’édition et de salons littéraires en région.

On peut mentionner aussi le Centre national du livre (CNL), même s’il ne reçoit plus aucune subvention directe des pouvoirs publics depuis 2012, mis à part le détachement de personnels, représentant 16 équivalents temps pleins sur 66. Le CNL est financé par une taxe spécifique sur les photocopieurs et les ventes en librairie, dont le produit a atteint 29 millions d’euros l’an dernier.

18,5 millions d’euros pour Elsevier

A ce périmètre du ministère de la Culture, il faut ajouter le budget des bibliothèques universitaires, dépendant du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le budget "BU et documentation" atteint 447,6 millions d’euros en 2018, soit 2 millions d’euros de plus que cette année. Les salaires en constituent la majeure partie (319 millions d’euros) et, dans les crédits de fonctionnement (90,9 millions d’euros), la contribution à l’acquisition de la licence nationale des revues du groupe Elsevier représente un effort considérable, à 18,5 millions d’euros. L’extension des horaires d’ouverture des BU coûte dix fois moins, à 1,8 million d’euros. Le droit de prêt propre aux BU atteint 1,15 million d’euros. Au cours des prochaines semaines, ces crédits seront examinés par les parlementaires, qui devraient les approuver.

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