Bande dessinée

Pierre Lungheretti : « La prise de conscience autour de la condition des auteurs a beaucoup avancé. »

Photo CITÉ DE LA BD

Pierre Lungheretti : « La prise de conscience autour de la condition des auteurs a beaucoup avancé. »

La Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême fête ses 30 ans, et s’ennorgueillit d’un fonds muséal riche et de coopérations internationales fécondes. Mais alors que la colère des auteurs gronde quant à leur statut, son directeur Pierre Lungheretti, auteur d'un rapport sur la refonte de la politique nationale en faveur de la bande dessinée, veut rassurer.
 

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Par Benjamin Roure,
Créé le 25.02.2021 à 09h15,
Mis à jour le 25.02.2021 à 10h26

Comment se définit la Cité internationale de la BD, entité multiple, aujourd’hui ?
La Cité est une institution de référence grâce à la production d’expositions et son fonds d’œuvres originales, le deuxième plus important au monde et sans doute le plus varié, qui atteint près de 20000 pièces aujourd’hui. Ensuite, à travers la Maison des auteurs, nous accueillons des créateurs en résidence, souvent venus de l’étranger, et offrons des services aux auteurs installés à Angoulême. Enfin, la Cité travaille étroitement avec des acteurs sociaux du territoire et les collectivités pour renforcer la place du livre et la pratique de la lecture pour les populations éloignées.
 
Que peut faire la Cité pour soutenir les auteurs de bandes dessinées, qui se sentent délaissés par les pouvoirs publics ?
Dans la lignée des États généraux de la bande dessinée, du rapport que j’ai remis à Franck Riester et du rapport Racine, la prise de conscience autour de la condition des auteurs a beaucoup avancé. Des engagements ont été pris au plus haut sommet de l’État, notamment par le président de la République lors de sa venue au Festival, et on peut espérer qu’ils seront tenus une fois la crise de la Covid passée. Le rôle de la Cité est de sensibiliser les pouvoirs publics sur ces questions, mais n’est pas de susciter le dialogue interministériel nécessaire pour faire évoluer le régime social des auteurs. Localement, nous avons mis en œuvre un « plan auteurs », qui vise à fluidifier les relations entre auteurs en situation de précarité et services d’accompagnement (RSA, etc.), à accompagner les jeunes diplômés dans leurs premiers pas professionnels. Mais aussi à développer l’offre d’éducation artistique et culturelle dans les écoles et collèges et à accroître la visibilité des auteurs auprès d’institutions ou d’entreprises qui pourraient leur fournir du travail, de graphisme par exemple.
 
Mais les auteurs aspirent surtout à mieux vivre de leurs créations. Et menacent de boycotter le Festival d’Angoulême en juin pour se faire entendre…
J’espère qu’une solution sera trouvée car le Festival est un moment important de rencontre des auteurs avec leur public et de valorisation de leur travail. Je sais que plusieurs hypothèses sont dans les tuyaux et j’espère qu’elles se concrétiseront… Dans mon rapport, j’avais prôné l’établissement d’un code des bons usages entre éditeurs et auteurs, sous le regard de l’État, car il en va d’un intérêt général partagé. Je suis certain qu’on peut avancer là-dessus.
 
Quelle place doit tenir la Cité à l’international, alors que des acteurs comme Lyon BD prennent de plus en plus d’importance, notamment via le projet Comic Art Europe ?
Angoulême, en tant que ville créative labellisée par l’Unesco, collabore avec Québec et Bilbao. Ensuite, la Cité a signé de nombreux accords de coopération, avec la Corée ou la Colombie, pour l’accueil d’auteurs en résidence. Des accords existent aussi avec le Congo Brazaville, la Guinée Conaky ou la Slovénie. Et puis elle a été moteur dans la récente signature d’un accord bilatéral entre la France et la Croatie centré sur la BD, qui comporte le montage d’expositions ou la formation de bibliothécaires des Balkans. Quant à l’appel à projets Europe Créative de l’Union européenne, auquel a répondu Lyon BD, nous réfléchissons nous aussi à proposer un dossier, sur un volet patrimonial, toujours dans les Balkans. Car là-bas, de nombreuses et très riches collections auraient besoin d’être sauvegardées.
 
Quelles sont les axes que vous souhaitez développer à l’avenir ?
Au-delà du renforcement de nos actions pour valoriser notre fonds d’originaux, il est de notre devoir de développer les outils de réflexion et de production critique et historique autour de la bande dessinée, car la demande est très forte. Notre Mooc, développé avec la Fondation Orange, a cumulé plus de 15000 inscrits ! Cette démarche, qui est menée en lien avec des universités et des centres de recherche, est capitale. L’autre axe primordial est d’accentuer notre travail dans le champ social et éducatif, avec les associations et les ONG. Car la lecture est en recul face aux écrans, et les bons chiffres de la librairie post-confinement ne sont, à mon sens, qu’un trompe-l’œil. Il faut une mobilisation générale en faveur de la lecture et la Cité de la bande dessinée peut être au cœur de ce mouvement.

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