Entretien

Olivier Gougeon, directeur du Salon du livre de Montréal : “Il était primordial que le salon ait lieu, peu importe sa forme “

Olivier Gougeon

Olivier Gougeon, directeur du Salon du livre de Montréal : “Il était primordial que le salon ait lieu, peu importe sa forme “

A l’occasion de la 43e édition du salon du livre de Montréal qui s'ouvre jeudi 12 novembre, son directeur Olivier Gougeon se confie sur la situation que traverse le monde du livre. Entre espoir pour cet objet unique et ouverture vers tous les publics, le directeur invite les visiteurs à découvrir virtuellement le livre. 

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Par Thomas Faidherbe,
Créé le 12.11.2020 à 16h40,
Mis à jour le 14.11.2020 à 13h12

Le monde du livre est à la peine et doit se réinventer. Depuis le début de la crise liée au coronavirus, les évènements littéraires n’échappent à la vague d’annulations qui touche les manifestations en tous genres. D’autres y échappent. C’est le cas du Salon du Livre de Montréal (SLM), qui se tiendra pour une édition exceptionnelle du 12 au 15 novembre, qui proposera pas moins de 450 activités, dont 70 diffusées en direct sur le site web du salon. 

Sur fond de crise sanitaire, Olivier Gougeon, directeur général du salon du livre de Montréal, évoque les changements pour l'événement littéraire québécois.

Malgré la crise sanitaire, vous avez tenu à conserver la 43e édition du Salon du livre de Montréal, pour quelles raisons avez-vous décidé de la maintenir ?
Annuler la 43e édition du Salon du livre de Montréal, la question ne s’est « jamais » vraiment posée. Avec toute l’équipe, on a travaillé d’arrache-pied pour la maintenir, pour assurer la continuité de notre mission de promouvoir le livre et la lecture. Le Salon du livre de Montréal (SLM) est au service des lecteurs, des auteurs et des artisans du milieu du livre. Il était primordial que le Salon ait lieu, peu importe sa forme. On se doutait bien qu’on n’allait pas pouvoir tenir un salon comme on le fait d’habitude. Il fallait opérer une vraie transformation. Si le public ne pouvait venir au Salon, le Salon irait à leur rencontre, grâce à la technologie. Dans ce contexte particulier, l’équipe a usé de créativité et d'inventivité afin de proposer une expérience unique, accessible et à l’image des valeurs du Salon.

Pour cette 43e édition, vous avez prévu un salon qui ira à la rencontre du public avec des activités gratuites en ligne, est-ce un moyen de donner encore plus d’accessibilité ?
Rendre encore plus accessible notre événement est au cœur de notre mission. Nous nous sommes dit: puisque la pandémie nous oblige à ne pas pouvoir tenir notre Salon comme d’habitude, saisissons les nouvelles occasions qui s’offrent à nous grâce à la technologie pour rejoindre un plus large public. Et nous voulions que ce soit simple! Nous avons élaboré une programmation virtuelle, accessible de notre tout nouveau site Web. Il suffit donc de se rendre sur notre site Internet et de suivre les conférences, tables rondes et autres animations jeunesse. Grâce à ce nouveau format, on espère rassembler encore plus de gens et ainsi toucher de nouveaux auditeurs et auditrices, que ce soit à Montréal, partout au Québec, voire dans toute la francophonie. C’est ainsi que notre slogan est devenu “Ouvert au monde.”

Quelles sont les grandes thématiques abordées cette année ?
Quand on a élaboré notre programmation, on a voulu puiser la matière dans les nouveautés parues au printemps et annoncées pour l'automne. Nous avons dégagé cinq grands thèmes récurrents et qui nous semblaient correspondre aux enjeux et aux réflexions qui nous animent. Le premier, Famille et enfance est une thématique qui est apparue essentielle en temps de crise. Notre deuxième thématique, Récit et Inspiration, évoque la littérature et ses différentes voies. La thématique suivante était incontournable: le Féminisme. Dans un contexte où la parole des femmes s’affirme, il était important que le Salon puisse leur donner voix et aborder les enjeux liées à la condition de la femme dans notre société. Une autre thématique essentielle, c'est la Pluralité des voix. Nous vivons en démocratie, dans un pays multiculturel, ouvert, égalitaire. Nous vivons ensemble. Mais sommes-nous capables de prêter l’oreille à ceux et celles qu’on entend peu? Il était important de faire écho à nos diversités. Notre dernière thématique, 2020... et après, est de circonstance et questionne là où nous en sommes rendus aujourd'hui et là où nous allons.

Cette année, le salon du livre de Montréal s’exporte en ligne et les enfants sont notamment mis à l’honneur. Par quels moyens avez-vous prévu de les satisfaire à distance?
Ce qui est beau avec notre Salon, c'est qu’à chaque année, des milliers de jeunes foulent le sol de notre foire d'exposition. On accueille 20000 élèves gratuitement, sans compter les milliers d'autres qui viennent avec leurs parents. Il était essentiel qu'en mode virtuel on puisse répondre à cette réalité et mettre en avant des ouvrages et des activités qui leurs sont dédiés. Nous avons donc contacté de nombreuses écoles pour leur partager notre nouvelle programmation accessible en ligne gratuitement. Nous estimons que ce sont près de 30000 jeunes du secondaire et du primaire que nous toucherons à travers leurs écoles aux activités du Salon. Des enfants de 6 à 16 ans vont suivre les activités depuis leurs classes. Nous avons aussi travaillé à une programmation qui peut intéresser les jeunes adultes. C'est un axe que l'on souhaite développer dans les années à venir.

Quel impact a eu le confinement sur le monde du livre au Québec?
Dès le mois de mars, il y a eu de grandes inquiétudes. Il y a eu une chute importante des ventes, jusqu'à 40%, dans les mois où les librairies ont été fermées. Par contre, on a vu une hausse des commandes en ligne qui a permis finalement d’un peu amenuiser la baisse. Et les commandes ont été passées dans les librairies locales. On a la chance au Québec d'avoir un bon réseau de librairies locales. Il faut que ça continue comme ça. La bonne nouvelle, c'est que dès l'ouverture des librairies en Juin, les ventes ont tout de suite repris, de façon très importante. Ce qui fait qu'aujourd'hui, la baisse a été résorbée et les ventes sont bonnes. Ça c'est très encourageant pour le milieu du livre au Québec. Les librairies ont travaillé d'arrache-pied pour pallier cette crise, notamment avec les ventes numériques. Donc chapeau à toutes les librairies qui ont su tirer leur épingle du jeu. Et qui sont maintenant récompensées parce que les lecteurs sont au rendez-vous. Il semble que la pandémie a permis une redécouverte du plaisir de lire. Je crois fermement que ça va nous aider pour la suite.

En tant que lecteur, quels conseils donneriez-vous pour les futurs lecteurs ?
D’acheter des livres et d’oser vous laisser conseiller! Par un libraire ou par un proche. On a tous un livre qui a été marquant dans notre vie et qu’on recommanderait à un ami. Un jour, on m'a fait découvrir un livre que j’ai dévoré et que j'ai recommandé ensuite à d’autres sans arrêt. C'est le classique Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov. Il y a quelque chose de beau dans le fait de partager une lecture marquante. Aux français, je donnerais le conseil d’oser découvrir les auteurs du Québec, qui se retrouvent aujourd'hui de plus en plus dans les librairies françaises. Si vous êtes à Paris, osez faire un tour à La librairie du Québec dans le 5e arrondissement!


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