Polémique

[Goncourt] Philippe Claudel sur Camille Laurens : "Nous sommes dans une logique de discussion pas d'exclusion"

Camille Laurens - Photo FRANCESCA MANTOVANI/GALLIMARD

[Goncourt] Philippe Claudel sur Camille Laurens : "Nous sommes dans une logique de discussion pas d'exclusion"

La jurée du Goncourt Camille Laurens a vivement critiqué dans Le Monde des livres le roman d'Anne Berest, La carte postale (Grasset), présent sur la première liste du Goncourt. Le secrétaire général du prix Goncourt, Philippe Claudel,  assure qu'une discussion aura lieu sur cette question lors de la prochaine réunion du jury, le 5 octobre, mais écarte d'éventuelles sanctions à l'égard de la romancière.

Par Isabel Contreras,
Créé le 21.09.2021 à 11h44,
Mis à jour le 22.09.2021 à 17h27

A chaque rentrée littéraire, son affaire médiatique. Les membres de l'académie Goncourt se sont étonnés de découvrir, le 17 septembre dans Le Monde des livres, une critique féroce signée de leur camarade jurée, Camille Laurens, sur le roman d'Anne Berest (La carte postale, Grasset), présent sur la première liste du Goncourt. 
 

Extrait de la critique du roman d'Anne Berest par Camille Laurens

"Le roman d’Anne Berest, La carte postale, est justement publié chez Grasset dans une collection « littéraire », qualité précisée en page de garde (on ignore comment les autres auteurs de la maison prennent ce distinguo). On s’attend d’autant plus à y découvrir un chef-d’œuvre que cette collection abrite plusieurs ouvrages de Pascal Quignard. Las ! Ce qui les réunit ici ? Mystère."


"Je n’ai pas aimé du tout, du tout, du tout ! a réagi au micro de France Inter le président du jury, Didier DecoinÀ partir du moment où l’Académie vote pour un livre, Camille [Laurens, NDLR] faisant partie de l’Académie, elle doit être solidaire". De son côté, interrogé par Livres Hebdo, l'écrivain et secrétaire général du prix Goncourt, Philippe Claudel, va plus loin. "Lors de notre prochaine réunion, le 5 octobre, nous pourrions acter dans notre règlement qu'il est déconseillé aux membres du jury d'écrire des critiques, élogieuses ou désapprobatrices, sur des livres présents sur nos listes". 

Camille Laurens, qui a intégré ce jury en février 2020 avec Pascal Bruckner, n'est pas la seule jurée qui signe des critiques littéraires. Pierre Assouline ou Bernard Pivot, du temps où il présidait le Goncourt, ont souvent critiqué des ouvrages sélectionnés par le jury. Leur ton est généralement élogieux.

Jusqu'ici "cette régle était tacite", poursuit Philippe Claudel qui indique toutefois : "Nous sommes dans une logique de discussion [avec Camille Laurens NDLR], pas dans une perpective de l'expulser du jury". Contactée, Camille Laurens n'a pas répondu à nos sollicitations. 

Des révélations de France Inter

Cette affaire émane des révélations faites le 21 septembre par France Inter. La chaîne de radio rapporte une discussion qui a eu lieu au sein du jury sur le roman de François Noudelmann, Les enfants de Cadillac (Gallimard). L'écrivain est en effet le compagnon de Camille Laurens. Pourrait-on accuser les Goncourt de conflits d'intérêt ? "Ils ne sont pas mariés, réagit encore Philippe Claudel. Et le livre nous a plu par sa qualité. C'est pourquoi nous avons décidé de le retenir sur la première liste". Une liste qui compte encore et jusqu'au 5 octobre Les enfants de Cadillac (Gallimard), tout comme La carte postale d'Anne Berest (Grasset). Feront-ils partie des huit romans qui seront dans la deuxième sélection ?
 

Anne Berest vs François Noudelmann

Les deux romans se font écho par leur sujet : ils prennent racine dans la grande Russie au débit du XXe siècle, s'exilent en France avant la seconde guerre mondiale, et traversent l'Occupation.
Mais les deux livres n'ont pas reçu le même accueil.

Le roman d'Anne Berest est déjà parmi les meillleurs vendeurs de la rentrée littéraire (10 000 exemplaires écoulés) et a été sélectionné par les jurys du Renaudot et du Femina, en plus d'être choisi parmi les meilleurs romans de la rentrée selon les médias (France Inter/Le Point, France Culture/L'Obs) et d'avoir été en lice pour le prix du Roman Fnac.  Elle a aussi bénéficié de l'appui de "Télématin" (France 2), d'une interview dans "Boomerang" (France Inter) et d'une invitation dans "Affaires culturelles" (France Culture).

A l'inverse, le roman de François Noudelmann n'a été retenu que par les jurées du Femina et le jury du prix André-Malraux. Seule Laure Adler l'a invité dans "L'heure bleue" (France Inter) et les ventes restent modestes.

 







 

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