Par le 10.03.2017 à 10h00 Chat 1 commentaire déjà posté

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Les rapports du droit et de la littérature passent en revue

Les liens entre le droit et la littérature remplissent à présent les colonnes des journaux plus ou moins spécialisés, font l’objet de livres copieux, se déclinent en colloques et journées d’étude.

C’est dans ce cadre bouillonnant, sur fond de procédures en augmentation constante – Christine Angot, Edouard Louis, Régis Jauffret, et tant d’autres encore -  que vient de naître un nouveau périodique annuel, intitulé Revue Droit & Littérature, publié par les éditions LGDJ.

Son rédacteur en chef, Nicolas Dissaux, est Professeur à l'Université de Lille 2 (et par ailleurs avocat au barreau de Paris). Evoquant le droit comme la littérature, il se déclare « passionné de l'un et de l'autre » et « persuadé qu'un tel support intéressera non seulement les juristes mais aussi les lettrés. » 

Il s'agit, pour lui, d' « envisager l'ensemble des rapports que Droit et Littérature sont susceptibles d'entretenir : non seulement le droit dans la littérature, mais aussi le droit comme une forme de littérature ou encore le droit de la littérature

La première livraison, très dense, est consacrée à la responsabilité de l’écrivain. Evoquons en son contenu, en suivant l’ordre d’apparition.

Gisèle Sapiro, directrice de recherche au CNRS, et auteur notamment d’un ouvrage majeur sur La Guerre des écrivains (Fayard) comme d’une réflexion sur La Responsabilité de l'écrivain : Littérature, droit et morale en France (Le Seuil), ouvre le bal avec la « responsabilité légale et responsabilité morale de l'écrivain » dans une « perspective socio-historique.»

Michel Houellebecq – dont j’ai été en particulier l’avocat en 2002, lors du retentissant procès qui lui a été intenté à la suite de ses propos sur l’Islam - fait l’objet de deux articles, signés par la doctorante Isabelle Dumas et le rédacteur en chef lui-même.

L’universitaire Hélène Skrzypniak disserte sur « La responsabilité civile de l'écrivain », tandis que son collègue Baptiste Nicaud se penche sur « La responsabilité pénale de l'écrivain ». Autre maître de conférence, le remarquable Arnaud Latil livre une contribution sur « Le plagiat au défi du droit ».

Pour ma part, il m’est revenu de disserter sur « Le procès d'Emma Bovary » - rappelant que j’ai publié, en 2010, un essai historique, baptisé Accusés Baudelaire, Flaubert, levez-vous ! : Napoléon III censure les lettres (Complexe). Afin de clore le dossier principal, la dramaturge Lina Prosa livre « Comment et pourquoi donner de l'espace à l'utopie en période de naufrage ? ».

Complètent, entre autres, ce riche premier numéro des  « Variétés » : « Droit et littérature, éléments pour la recherche » de Philippe Ségur ainsi que « Le droit, fil de la trame romanesque chez Flaubert » signé Catherine Fillon.

Le dialogue n’est pas oublié puisque « La Petite Femelle, réalité romanesque et vérité judiciaire » révèle un entretien très fourni entre quatre « intervieweurs » et Philippe Jaenada.

Enfin, des Chroniques forment un bouquet final assez fleuri, avec deux thèmes principaux : « La littérature saisie par le droit » et « Le droit saisi par la littérature ». On y trouve des textes sur « La création littéraire » de Michel Vivant, « Les oeuvres littéraires » de Jean-Michel Bruguière, mais aussi une recension de « Romans » par Gaël Chantepie, Pierre Lemay, Lionel Miniato et Jean-Baptiste Thierry (lequel commente tour à tour L’Intérêt de l’enfant de Ian Mc Ewan, Il est avantageux d’avoir où aller, d’Emmanuel Carrère, et Passés par la case prison, de l’Observatoire international des prisons) et une chronique sur  le « Théâtre » d’Emmanuelle Saulnier-Cassia.

Un regret : le prix de la revue - de soixante euros l’unité - demandera encore un effort pour la rendre véritablement accessible aux écrivains et aux étudiants, ainsi que pour faire connaître et de vulgariser les rapports continus que le droit et la littérature continueront à coup sûr d’entretenir. Gageons qu’Emmanuelle Filiberti, le PDG de Lextenso (dont LGDJ est une marque), à l’origine avec Nicolas Dissaux de cette belle initiative, prendra cette seule critique - peu littéraire, certes - en considération pour l’an prochain.
 
 
 

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